Merkel, May, Hollande : Dites nous s’il nous faut déjà écrire l’élégie d’Alep

Six années de guerresix années de crimes de guerresix années de crime contre l’humanité, six années de bombardements, six années d’impunité, six années d’adieux.

Six années de résignation, six années d’exils, six années de camps, de faim, de froid, de Mer Méditerranée, six années d’adieux.

Six années de paralysie onusienne, six années d’immobilisme des diplomaties européennes.

Six années d’appel à l’aide. Six années de devoir humanitaire grandissant. Six années de responsabilité de protéger bafouée.

Alep brûle, brûle à cause de l’incapacité persistante de la communauté internationale à réagir aux massacres qui se sont déroulés et se déroulent encore sur le sol syrien.

L’impuissance de l’ONU, à nouveau

Le Conseil de sécurité ne parvient à s’entendre sur aucun projet de résolution pour sauver Alep.

Ses plus modestes velléités en tant que garant de la paix, de la sécurité internationale et de la protection des populations civiles se trouvent réduites au silence. C’est ainsi que la résolution Franco-espagnole présentée en Conseil de sécurité le 8 octobre 2016 demandant à toutes les parties au conflit syrien de « mettre immédiatement fin à tous les bombardements aériens sur Alep et à tous les survols militaires sur cette ville » se verra opposer le cinquième veto russe, démontrant encore une fois des limites de l’organe exécutif onusien dans la réalisation des missions qui lui sont assignées.

Les diplomaties européennes, quant à elles, devant la paralysie onusienne restent placides. On les accuserait presque d’indifférence. Elles sont pourtant tenues par « la responsabilité de protéger », en vertu de laquelle « il incombe à la communauté internationale de mettre en œuvre les moyens diplomatiques, humanitaires et autres de protéger l’humanité contre ces crimes [génocide, crimes de guerre, crimes contre l’humanité, nettoyage ethnique et l’incitation à les commettre]. Si un état n’assure manifestement pas la protection de ses populations, la communauté internationale doit être prête à mener une action collective destinée à protéger ces populations, conformément à la charte des Nations Unies ».

Le principe en action de la responsabilité de protéger a été plusieurs fois mis en œuvre dans l’histoire récente (Libye, Côte d’Ivoire, Yémen). A chaque fois au seuil de la commission d’atrocités de masse. A quand alors une prise de responsabilité des diplomaties européennes devant l’ampleur du conflit syrien, qui a de loin outrepassé ce seuil de commission d’atrocités de masse qui a justifié les interventions précédentes ?

La mutilation d’Alep

Alep a été mutilée, amputée des centaines de milliers d’habitants qui ont fuit son sol maculé et les nombreuses carcasses de béton qui pullulent dans ses rues… Le conflit syrien s’est doublé d’une crise migratoire sans précédent qui a donné l’occasion aux diplomaties européennes d’adjoindre à leur incapacité chronique à réagir au conflit syrien,  une gestion des plus critiquables de l’afflux de migrants. Une partie importante d’entre eux correspondant à des réfugiés syriens (27,9% des migrants ayant franchi les frontières de l’espace Schengen en 2014).

L’Union Européenne s’enlise dans une gestion opérationnelle défaillante de l’afflux migratoire, des nombreux naufrages d’embarcation de migrants, des camps etc. L’hostilité de nombreux pays et hommes politiques européens est flagrante :

  • « mur » anti-migrants entre la Hongrie et la Croatie ;
  • Nigel Farage, député européen et chef du parti Ukip :
  • Eric Ciotti, président du Conseil départemental des Alpes-maritimes : « Il n’y a pas de migrants de Calais à Nice et dans les Alpes maritimes et je m’en réjouis » Octobre 2016 )
  • rochers anti-migrants à Paris

Mais l’Histoire nous en tiendra rigueur, l’Histoire n’absoudra pas la communauté européenne de sa responsabilité dans l’hécatombe syrienne… Merkel, May, Hollande, Alep se meurt, son pronostic vital est engagé, peut-on espérer de votre part un sursaut ?  Même tardif, nous l’attendons et nous l’attendrons encore. Dirigeants européens, prenez vos responsabilités. Faites en sorte d’alléger de quelques millièmes de grammes le poids de ce massacre qui pèse déjà lourd sur nos consciences. Faites en sorte que nous n’ayons pas à rédiger l’élégie d’Alep.