Ni Una Menos : porte-parole de la lutte contre les féminicides4 min read

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Les assassinats de femmes en Amérique Latine prennent d’année en année une tournure dramatique. Les chiffres sont éloquents à cet égard : en 2015 en Argentine, une femme est tuée toutes les 30 heures (des statistiques largement sous-évaluées selon les collectifs féministes). Cette donnée est, de plus, en hausse puisque les autorités chiffrent une augmentation de ces violences de l’ordre de 78% par rapport à 2008. La tendance est alarmante et intenable. Sous l’impulsion de la société civile, un mouvement se devait de faire en quelque sorte la dénonciation de ces horreurs.

Il s’agit d’un véritable fléau qui s’abat sur les sociétés des pays latinos. Quand la circonstance aggravante d’un meurtre est le sexe (féminin) de la victime, la question de la condition de la femme est clairement en jeu.

Un patriarcat latent combiné à une violence patente

Les sociétés des pays latino-américains se caractérisent par un catholicisme ancré dans l’inconscient des mœurs ainsi que par une misère se manifestant à travers la violence des gangs et des cartels. Quant à la question des agressions machistes, elle rend compte d’une non-avancée troublante tant des relations hommes-femmes que de la justice largement corrompue et inefficace.

On assiste là à un discrédit des institutions publiques qui ne sont pas à même de répondre aux aspirations d’un peuple qui ne demande qu’à être protégé vis-à-vis de tant de violence.

Les femmes subissent une oppression inacceptable dans un monde qui a vu les hommes s’arroger tous les pouvoirs (politique, moral et financier). Cette injustice est manifeste étant donné le nombre d’affaires non résolues dans ces pays, du fait du manque de moyens ou de la corruption.

 

Prendre la rue pour dénoncer les féminicides

Un collectif a alors été créé dans le but de faire entendre ce mal qui rôde dans les rues et qui sévit depuis fort trop longtemps. Son nom « Ni una menos » (littéralement « ni une de moins ») provient d’un poème de la mexicaine Susanna Chavez. Il fut écrit en 1995 pour dénoncer les trop nombreux meurtres de femmes au Mexique, notamment dans la ville de Ciudad Juarez, l’auteure mourra d’ailleurs assassinée. Le collectif fut initié à partir des manifestations qui eurent lieu en 2015 dans plus d’une centaine de villes d’Amérique Latine pour dénoncer ces drames quotidiens. Porté par des intellectuels, artistes et journalistes, cette organisation entend mettre le doigt sur ce tabou que représente le féminicide.

Son objectif s’articule autour de cinq points clairement définis :

  1. obtenir une réponse juridique pénale et efficace à ces crimes ;
  2. l’accès à une justice gratuite pour tous, qui passe notamment par un meilleur accueil des victimes dans les commissariats ;
  3. réaliser des enquêtes et avant tout chiffrer ce phénomène dans un registre officiel de victimes de violences machistes afin de mieux l’identifier pour –à terme- mieux le combattre ;
  4. garantir une éducation sexuelle aux étudiants de tous âges pour les sensibiliser aux discriminations subies par les femmes ;
  5. protéger les victimes d’agressions en mettant en place une surveillance électronique des coupables.

 

Vers une réelle prise en considération par le gouvernement ?

Le symbole de la manifestation du mercredi 19 octobre 2016 fut Lucia Perez, une étudiante de 16 ans violée, torturée et assassinée. Un crime-étendard qui souligne l’ignominie des agressions qui sévissent en Amérique Latine et qui vise à mobiliser le monde politique sur cette question.

Des milliers de femmes argentines se sont également arrêtées de travailler entre 13h et 14h afin de protester de façon symbolique et rejoindre ce mouvement, devenu viral sur les réseaux sociaux grâce à la mobilisation de syndicats, d’ONG et d’artistes bien décidés à relayer le plus possible cet appel.

C’est dans cette optique que le gouvernement argentin a décidé d’adopter un plan de lutte contre la violence faite aux femmes. Mais la question se pose de savoir si le président Mauricio Macri sera vraiment à la hauteur du défi qui se profile. L’enjeu électoral des élections parlementaires pourraient sûrement agir en ce ses.

« La femme est l’avenir de l’homme » écrivait Louis Aragon dans son recueil de poèmes Le Fou d’Elsa. Alors, prophétie ou simple fantasme ?