Athènes refuse le défilé de Gucci : Oui, la Grèce est encore souveraine !5 min read

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Dans la continuité du mouvement initié par la maison Fendi qui avait célébré ses 90 ans le 17 juillet dernier avec un défilé devant la fontaine de Trevi à Rome, Gucci a choisi de jeter son dévolu sur un symbole de la Grèce antique : l’Acropole.

Une demande a donc été faite au service archéologique grec afin de présenter sa collection « Gucci Cruz 2018 » le 1er Juin 2017 avec une passerelle placée entre le Parthénon et l’Erechthéion sous le regard de 300 invités pour une somme s’élevant à 2 millions d’euros (payés sur une durée de cinq ans).

La demande comprenait également une autorisation de filmer et de diffuser l’événement. Cette proposition a finalement été rejetée à l’unanimité par le Conseil central des antiquités le 14 février, provoquant un nouveau débat sur -l’éventuelle- nécessité d’exploiter le patrimoine culturel et les monuments du pays souffrant encore et toujours des mesures d’austérités.

Un refus qui ne fait pas l’unanimité

Dans son communiqué justifiant sa prise de décision, le conseil affirmait que « le caractère culturel particulier des monuments de l’Acropole est incompatible avec cet événement, car il s’agit de monuments uniques, symboles du patrimoine mondial, des monuments inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. »

Ce refus a été approuvé par la ministre de la culture Lydia Koniordou, et par de nombreux médias italiens qui saluent cette «démonstration exemplaire de fierté nationale, bien que la Grèce fasse face à de sévères difficultés financières».

De son côté, le président de la Confédération grecque du tourisme, Andreas Andreadis, a tweeté que le conseil archéologique a tort de rejeter de tels événements. Selon lui, le défilé Gucci aurait montré non seulement l’Acropole, mais aussi la Grèce et sa culture avec le plus haut degré de qualité.

Sur les réseaux sociaux beaucoup de grecs ont exprimé leur mécontentent, mettant en avant les faibles ressources mises à disposition par l’État grec pour financer les différents projets de préservation du monument (la très grande majorité provenant d’organisations internationales). En plus, selon eux, un événement d’une telle ampleur n’aurait pu qu’être bénéfique au pays en terme de publicité. Mais l’Acropole a-t-elle réellement besoin de publicité pour attirer les touristes ?

Une décision qui aurait pu être bénéfique pour le tourisme

En juillet 2016, une augmentation du nombre de visiteurs dans les musées de 3% a été constatée ainsi qu’une augmentation des recettes de 11,9% par rapport à juillet 2015 tandis que les recettes provenant des sites archéologiques ont augmenté de 57,5% pour la période de janvier à juillet 2016 par rapport à la même période en 2015.

Le directeur du musée de l’Acropole, Dimitris Pantermalis, a d’ailleurs déclaré: « Le Parthénon et l’Acropole n’ont pas besoin de publicité. Il n’y aurait aucun bénéfice d’un tel événement. Le plus important est de ne pas dégrader le symbole (culturel) en y plaçant une scène de défilé, parce que le sujet principal sera le défilé, et non l’Acropole « .

De plus, concernant l’argument de nature économique (selon lequel le gouvernement aurait pu bénéficier de la somme en échange du défilé), il est important de garder en tête qu’un tel montant n’est pas particulièrement élevé. Surtout lorsque l’on sait que Gucci prévoit de dépenser 30 millions d’euros en publicité et 50 millions de plus pour que le défilé soit rediffusé à la télévision.

Une question récurrente au Conseil Central des antiquités grecques

La même question avait déjà été posée par le passé, plus précisément en 1998, cette fois ci par la maison Calvin Klein qui souhaitait organiser son défilé dans le théâtre antique Hérodion.

Il est clair qu’on ne parle pas ici du Parthénon, mais il s’agit également d’un monument sacré, et protégé de façon très stricte (nombres de pièces de théâtre ont vu leurs représentations annulées en raison de contenus ou décorations jugés inappropriés). La proposition avait été rejeté par un vote à la majorité, et non pas à l’unanimité.

Mais le Ministre de la culture de l’époque, Evangelos Venizelos, avait choisi de passer outre cette décision et d’autoriser l’événement. Le défilé n’eut finalement pas lieu pour d’autres raisons. Mais on voit donc qu’il y a une vingtaine d’années, le gouvernement pouvait se permettre d’aller à l’encontre d’une décision d’un panel spécialisé en la matière.

La Direction des Antiquités d’Athènes et la Direction des Antiquités Préhistoriques et Classiques ont toutefois proposé à Gucci des solutions alternatives. La zone devant le théâtre antique Hérodion au pied de l’Acropole, une terrasse sur la colline de Philopappou en face de la Colline de l’Acropole ou encore le temple olympien de Zeus, l’Olympieion. Les représentants de Gucci auraient refusé toute alternative : c’était l’Acropole ou rien.

Peu de temps après le refus de la Grèce d’accueillir le défilé (supposément d’une durée de seulement 15 minutes), le directeur de la Vallée des Temples (Valle dei Templi) Giuseppe Parello a décidé d’inviter la maison de haute couture à organiser celui-ci dans les anciens temples grecs présents en Sicile.