Hidalgo s’offusque d’un festival afroféministe : Pourquoi ça ne choque pas ?5 min read

Catégories Inégalités de genres, Société

LES FAITS : Le Collectif Afroféministe Mwasi organise cet été un festival en partie fermé aux blancs et aux hommes. La Ligue Contre le Racisme et l'Antisémitisme a réagi très violemment sur Twitter durant le week-end, ce qui a provoqué l'ire de la Maire de Paris, déterminée à faire annuler l'événement sous la pression de l'organisation antirasite. On vous explique donc aujourd'hui les racines de cette non-mixité pour infirmer ou renforcer les réactions de la Mairie ainsi que de la Licra !

Un festival afroféministe

"Nyansapo", dans les langues des terres de l'Afrique de l'Ouest, ce mot désigne la sagesse, l'intelligence, le pouvoir de choisir la meilleure voie vers une société du mieux. "Nyansapo", c'est la bonne méthode, c'est la méthode efficace pour parvenir à son but et c'est enfin le titre de ce festival censé ce tenir à la fin du mois de juillet à Paris. 

Défendu par le collectif Mwasi (que Céryx a déjà rencontré et avec lequel il compte travailler, ndlr), ce festival a fait grand bruit ce week-end pour sa non mixité. En effet, il est organisé en plusieurs espaces : un espace non mixte pour les femmes noires (et qui représente 80% du festival), un espace non mixte pour les personnes noires, un espace non mixte pour les femmes racisées et un espace ouvert à tou.te.s. 

Et cette non-mixité partielle n'est pas, comme certains le prétendent, une interdiction aux "blancs". Elle touche en effet toutes les strates de la population puisque les femmes sont exclues de l'espace pour les personnes noires, les hommes noirs sont exclus du salon des femmes noires etc.

Dans ce festival réside alors l'essence de l'afroféminisme : Défendre l'intersectionnalité des luttes, revendiquer une différence, conforter les victimes de racisme, de machisme, et des discriminations dans leurs identités, respecter l'identité de chaque individu et lui donner les clés pour s'autodéterminer. L'Afroféminisme est d'abord un féminisme, dans le sens où il va tendre à soutenir les femmes et celles qui se considèrent comment femmes à s'émanciper, à devenir le porte-flambeau de leurs luttes personnelles. 

Des visages de l'afroféminisme

Le collectif Mwasi dans son bon droit

Dans sa forme la plus noble, la non-mixité a vocation à devenir un cocon, un espace de débat, de discussion, où des personnes qui sont victimes peuvent se réunir, peuvent établir des règles entre elles et éviter les débordements.

Parler des menstruations quand on est une femme, qui plus est de couleur, face à un homme, hétérosexuel, cisgenre, blanc d'une cinquantaine d'années et à tendance vulgairement machiste et raciste, ce n'est pas possible. 

Au-delà de la caricature de cet exemple, la réalité est pleine de ces anecdotes qui bloquent le débat et empêchent les femmes d'avancer. 

La non-mixité permet justement d'éviter les micros-agressions ou les "agressions verbales" : Des questions souvent inoffensives mais particulièrement virulentes, gênantes ou inutiles. 

Elle est aussi et à juste titre un moyen d'inverser le pouvoir de la majorité. De mettre à mal les règles habituellement fixées.

La nécessité absolue de moments de réflexion et d’échanges à dimensions variables, entre catégories de gens qui se sentent opprimés et en éprouvent le besoin pour libérer leur parole me semble une évidence et une liberté incontournables.
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Dominique Manotti
Ecrivaine

La dérangeante alliance de la gauche à l'extrême-droite

Au fond, cette union de fait établie entre l'extrême-droite, la gauche de la Mairie de Paris et la Ligue Internationale Contre le Racisme et l'Antisémitisme plutôt positionnée à droite constitue un véritable barrage contre l'afroféminisme.

En réalité, s'il y a ici convergence des luttes, c'est d'abord parce que la lunette de la réalité empruntée par ces trois mouvements reste particulièrement restreinte, voire dépassée. 

En effet, on pense assez rapidement que des noirs se réunissent dans un centre pour exclure les petits blancs qui n'ont rien fait. On pense alors aux mouvements suprématistes. Mais le sens même de l'engagement afroféministe n'est pas de positionner la "race" noire (selon que vous soyez pro- ou anti- terminologie raciale), mais elle est de reconnaître une égalité de fait aujourd'hui impossible à établir. 

Venant de la Maire de Paris, la demande d'interdiction initiale d'un festival dédié à l'émancipation de la femme noire est, malheureusement, une véritable trahison idéologique. A l'heure où Madame la Maire devrait soutenir et renforcer avec vigueur les mouvements comme ceux du Collectif Mwasi qui œuvrent pour expliquer, enseigner, discuter et se renforcer, voilà qu'elle se retrouve dans le même carcan désuet du "on est tous égaux", "on est tous pareils, tant que c'est l'homme blanc qui fait figure de standard". 

A la Mairie de Paris, les femmes noires font le ménage, elles ne siègent pas

Enfin, puisque c'est le sujet de fond, il faut rappeler que parmi les 21 adjoints de Madame la Maire, aucun n'est noir ; parmi les 163 conseillers de Paris, il n'y a pas un homme noir, et seulement trois femmes noires

Oui, c'est vrai, il y a de nombreuses femmes racisées, qui plus est noires à l'Hôtel de Ville. Mais force est de constater que ces femmes noires sont beaucoup plus nombreuses à nettoyer les bureaux, à tenir les secrétariats et à vider les corbeilles qu'à décider et siéger. 

Une Maire de gauche, écologiste et féministe, ne peut se permettre de faire fructifier un tel racisme institutionnel. A la non-mixité exceptionnelle et partielle d'un festival militant, j'oppose votre non-mixité sociale et raciale ordinaire. 

Oui, la Mairie de Paris fait des efforts, oui c'est mieux qu'avant, oui le chemin emprunté est le bon. Mais par pitié, allons plus loin et dépassons les limites du réformisme pour proposer une véritable révolution de la représentativité. Alors à défaut de mettre à mal un festival sans doute pertinent, il vaudrait mieux commencer par changer les choses dans son propre cabinet. 

Etudiant parisien en droit, passionné de politique et d'actualité. Engagé en faveur des grandes causes du progrès.