Madame Le Pen, Monsieur Fillon : Notre justice est irréprochable, quelle indignité !

En Etat de droit, la justice est notre bien le plus précieux. Elle permet d’équilibrer les forces, de poser les limites, c’est elle qui permet de s’extirper de la loi du plus fort pour favoriser l’équilibre et l’impartialité.

Sans justice forte, notre Etat est faible ; sans justice forte, nous ne sommes pas une démocratie ; sans justice forte, nous ne pouvons protéger le pauvre du riche, le faible du puissant, l’esclave du maître selon les mots consacrés par Lacordaire.

Aujourd’hui, Fillon et Le Pen ont fait plié la justice

Aujourd’hui, notre Justice a le genoux à terre. Les deux prétendants les mieux placés pour remplacer François Hollande sur le trône présidentielle sont empêtrés dans des scandales financiers. Pour mieux se défendre, ils s’en prennent à l’Etat de droit.

Le premier vilipende les juges, parle de complot alors qu’il était le premier à tirer à boulet rouge sur Tiberi et Cahuzac, qu’il est même allé jusqu’à demander au Secrétaire général de l’Elysée de diligenter une enquête spécifique sur son rival d’une époque : Nicolas Sarkozy. Rattrapé par les affaires, lui, le machiavélique reproche à “la gauche au pouvoir” de vouloir l’abattre. Au détour d’une phrase, il parle même “d’assassinat politique”.

La seconde, bien trop fière d’avoir détourné l’argent du peuple européen qu’elle exècre, a décidé de ne pas se rendre à l’instruction judiciaire associée à des emplois fictifs et à un détournement de fonds publics.

Tous deux se faisaient chevalier de l’honneur et de la probité. Les voilà empêtrés dans la fange judiciaire. Tous deux se positionnaient à l’avant-garde du combat contre le système. Et pourtant, ils en font partie. Tous deux vilipendaient l’intérêt particulier des uns pour mieux défendre l’intérêt général. Voilà qu’ils détournent des sommes astronomiques qui représentent des vies de travail sans le moindre regret.

La justice est notre bien le plus précieux, elle a aujourd’hui été trop attaquée

Pascal écrivait que “La justice sans la force est impuissante“. Alors armez-vous, chers Magistrats ! Armez-vous de cette police républicaine ! Devancez ces fossoyeurs de l’Etat de droit pour les mettre en examen comme il se doit !

Je conduis sans permis, je suis condamné.

J’oublie mon ticket de métro, je paie une amende.

Je ne paie pas mon loyer, je suis expulsé.

En tant que citoyen, je fais face tout au long de ma vie à la justice : parfois pour qu’elle condamne ceux qui m’ont trompé, d’autres fois pour qu’elle punisse mes erreurs. Face à la justice, tous les citoyens sont égaux. Et cette égalité serait d’autant plus forte si la justice s’imposait d’avantage de moyens afin de lutter contre les puissants.

Une justice à deux vitesses ?

Le mythe de la justice à deux vitesses semble se confirmer à mesure que les jours ne s’écoulent. Nul ne pourrait avec raison le réfuter. Et déjà, cette triste situation de la justice était critiquée par Jean De La Fontaine dans la Fable des animaux malades de la peste “Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de Cour vont rendront blanc ou noir”.

Et cette critique n’est pas nouvelle, puisqu’elle ponctue familièrement nos quotidiens au moyen d’affaires judiciaires qui se cumulent ici et là, dans tous les partis politiques de l’extrême-droite à la gauche.

Il faudrait sans doute plusieurs thèses pour confirmer ce préjugé de la justice à deux-vitesses, pour expliquer qu’il y a bel et bien une justice pour les puissants et une justice pour les faibles. Dostoïevski dit qu’il n’y a pas de préjugés anodins.

L’affaire Dominique Strauss-Kahn abonde en ce sens. Monsieur est Directeur du Fond Monétaire International, il dispose de ressources propres conséquentes. Un soir, dans un Hôtel à New-York, il viole une femme de chambre, Nafissatou Diallo. Les médecins sont clairs, le corps de la femme a été souillé. Mais Monsieur Strauss-Kahn aura le droit, à son retour en France, après avoir payé pour son viol, à une interview dans le premier Journal Télévisé d’Europe, sans la moindre discussion possible.

Dans une société où l’agresseur vient s’expliquer à la télévision alors que la victime se mue dans le silence, la justice n’existe pas.

Faisons tomber le mythe de la démocratie à la Française

Si la justice n’existe pas, alors nous ne sommes pas en démocratie.

Dans quel régime politique fondé sur le droit une telle situation peut-elle se produire ?

Dans quelle démocratie un candidat à la présidentielle mis en examen refuse de se faire interroger par la police ? Dans quelle démocratie un homme ou une femme politique peut être mis en examen et continuer sa campagne tout à fait normalement ? Dans quelle démocratie peut-on rester candidat, se maintenir contre vents et marées, et se permettre par-dessus tout d’attaquer frontalement la justice et la police ?

Que le Ministre de la Justice s’exprime réellement, que le gouvernement réagisse pour défendre l’autorité judiciaire ! Que l’on accorde aux Magistrats une trêve dans leur devoir de neutralité afin qu’ils défendent réellement leur profession, allant au contact des ces personnalités politiques aux accents dictatoriaux.

Ça suffit, qu’on arrête de se rire du peuple et de lui jouer cette comédie absurde. En 2017 en France, François Fillon semble avoir détourné plusieurs centaines de milliers d’euros dans la plus grande simplicité sans souffrir d’une quelconque réaction alors même que le pauvre qui vole un paquet de pâtes est condamné à deux mois de prison.

Où est la dignité du personnel politique ?

Où est aujourd’hui la dignité du personnel politique ? Lorsque le lundi vous dites que vous vous retirez si vous êtes mis en examen et que le jeudi vous décrivez l’inverse, vous mentez éperdument aux Français.

Monsieur Fillon, quelle inconsistance idéologique ! Vous recevez des Français un mandat honorable et légitimant largement votre programme. Au profit des jeux de pouvoirs, vous l’avez déjà bien amendé. Au profit de votre ambition personnelle, vous avez gâché votre candidature par une obstination et une démesure insolites.

Madame Le Pen, vous bénéficiez déjà des crédits de banques russes pour financer votre campagne, mais voilà que beaucoup de vos proches sont empêtrés dans un véritable scandale judiciaire. Et vous osez, du haut de votre grandeur médiatique, juger les juges, ignorer la police.

Avoir vocation à faire de la politique, c’est revendiquer une certaine dignité. Prétendre à diriger une Nation aussi belle que la France, c’est faire preuve d’une grande probité, de sérieux et de rigueur dans sa vie personnelle.

Quand on a condamné Robespierre à mort, notre justice était défaillante, aujourd’hui elle ne l’est plus

Qui imaginerait Robespierre, Lamartine, Napoléon, Jaurès, Blum, Daladier ou le Général de Gaulle lui-même dans cette situation ? Chacun a son époque a été attaqué en justice, certains ont même été condamnés à mort. Mais à ce moment-là, c’est parce que la justice était défaillante.

Aujourd’hui, c’est vous qui êtes défaillants, la justice n’a rien à se reprocher car elle fait formidablement son travail malgré des budgets qui s’épuisent, une précarité du monde juridique qui s’installe, des Magistrats de moins en moins payés, des avocats de moins en moins valorisés.

Dans l’océan fangeux dans lequel vous vous êtes empêtrés l’un et l’autre, il n’y a plus qu’une seule solution : Retirer sa candidature. Et à ce moment-là, peut-être que vous sortirez de l’immondice pour vous rapprocher d’un semblant d’humanité.

Au moins, Jérôme Cahuzac avait eu la dignité de se retirer, et pour des faits bien moins graves : lui, l’argent qu’il détournait c’était le sien.