Adama Traoré est mort une première fois

Le  19 juillet 2016,  Adama Traoré décède à 24 ans dans une voiture de police quelques minutes après son interpellation.  Selon la police il est décédé d’une infection subite, mais comment un homme de 24 ans en pleine forme peut il décéder d’une infection fulgurante ? Selon d’autres sources, il est certainement mort suite à un plaquage ventral, une technique dangereuse interdite dans de nombreux pays. C’est l’explication la plus logique et qui colle le plus au témoignage des urgentistes du SAMU qui le découvrent menotté face contre terre ne respirant plus.

Une seconde fois

Qu’une “bavure policière” advienne est possible, pour y remédier la justice est là. Normalement, une enquête est réalisée et les coupables sont parfois condamnés. Mais dans l’histoire de la mort d’Adama Traoré tout déraille : les autopsies se succèdent, décrétant une fois la mort due à une infection, une autre fois par un arrêt cardiaque, mais toujours en omettant l’asphyxie. Les gendarmes avouent pourtant à demi-mot que la victime se plaignait de difficultés respiratoires mais que personne ne l’a aidée, au cas où elle “simulerait”. Il s’en suit que le parquet de Pontoise a lancé une enquête contre la victime déjà morte depuis 24h. 

Est ce que l’on peut attendre légitimement une action de l’État et de la Justice ?

Une troisième fois

Il s’en est forcément suivi une vague d’indignation populaire réclamant la vérité ; ce qui est, entre nous, un droit fondamental dans une démocratie. Après une vague d’émeutes dans la ville du meurtre, Beaumont-sur-Oise, une marche blanche est organisée le 22 juillet. Puis une autre le 30 juillet, bloquée par les CRS qui auraient été plus que zélés dans leur volonté de “maintenir l’ordre”. Et encore une autre le 5 novembre réclamant toujours justice mais où pourtant rien ne s’ensuit.

Une quatrième fois

En parallèle, la famille Traoré endeuillée se retrouve à subir des attaques de la part de représentants de l’Etat et de la justice qui refusent de les aider dans leur quête de vérité. On cherche à les faire taire.

Le maire de la commune de Beaumont-sur-Oise, ayant brillé par son absence mais soutenant ouvertement les groupes de “français de souche”, porte plainte contre la sœur d’Adama Traoré pour diffamation, avant de la retirer. Puis les proches du défunt se voient refuser, contre toute morale, leur droit d’assister au conseil municipal du 17 novembre où justement devait être abordé le sujet de la plainte contre la sœur endeuillée . Il faut préciser que cette entrave aux droits démocratiques élémentaires s’est faite dans la violence, et les proches de la victime se sont donc retirés.

A ce moment là on pourrait penser que les limites de l’indécence avaient été atteintes.

Plus tard dans la soirée, les gendarmes viendront faire ce que certains ont nommé une “expédition punitive”, cherchant à “tabasser” et à terroriser les proches d’Adama et leurs soutiens.

Une cinquième et dernière fois

Que peut il arriver de pire ? Le 14 décembre 2016, Bangui Traoré a été condamné à 8 mois de prison ferme et son frère Youssouf à trois mois de prison aménageable avec, pour tous deux, 7500 euros d’amende.

Ainsi Adama est mort cinq fois : quand on l’a assassiné, quand l’État a nié ce crime, quand la soif de vérité quant à sa mort a été ignorée, quand les droits démocratiques élémentaires ont été refusés à ses proches et enfin quand ces mêmes personnes ont été punies pour avoir voulu lui rendre justice.

Adama Traoré a été tué et ses frères emprisonnés, mais les circonstances de son meurtre ne sont toujours pas éclaircies : violence partout, justice nulle part.