Opération punitive à Aulnay

Le jeudi 2 février, dans la Cité des 3000 à Aulnay-sous-Bois, quatre policiers de la Brigade spécialisée de terrain (BST) procèdent au contrôle d’identité d’une dizaine de jeunes. Pour des raisons encore inconnues, le contrôle dégénère et les fonctionnaires de police maîtrisent Théo, 22 ans, afin de l’interpeller. Pour ce faire ils utilisent du gaz lacrymogène et réduisent le jeune au sol à coups de matraque télescopique dans les jambes. Une fois au sol avec le pantalon baissé, Théo se fait enfoncer la matraque télescopique dans l’anus. Il se fait ensuite menotter et embarquer dans la voiture de police à l’intérieur de laquelle il reçoit insultes, coups et crachats. Arrivé au commissariat, Théo ne peut toujours pas s’asseoir et commence à convulser ; les policiers l’emmènent à l’hôpital.

Théo, qui était toujours hospitalisé le lundi 6 février, souffre d’une section du sphincter anal et d’une lésion du canal anal de dix centimètres de profondeur.

Les quatre fonctionnaires de police ont été placés en garde à vue et d’abord accusés de viol en réunion. L’accusation a depuis été revue et désormais seul un policier est mis en examen pour viol, les trois autres le sont pour violences volontaires en réunion par le parquet de Bobigny ; ils ont tous été suspendus à titre conservatoire par le ministre de l’intérieur.

 

Répression préventive à Aulnay-sous-Bois

La réaction de la rue et l’indignation générale des habitants de la Cité des 3000 s’est manifestée dans la journée du lundi 6 février, ces derniers ont défilé pacifiquement dans les rues d’Aulnay-sous-Bois. Mais une fois la nuit tombée et la ville plongée dans l’obscurité (depuis le samedi 4 février, l’éclairage public est coupé chaque soir sans raison) la situation s’est envenimée suite à des affrontements entre forces de l’ordre et résidents, jeunes et mineurs pour la plupart. Sauf qu’étant donné le contexte, la forte présence policière ressemblait moins à une opération de maintien de l’ordre qu’à un coup de pression, une répression préventive afin d’empêcher un mouvement social ou du moins un début d’organisation de celui-ci. Ce modus operandi peut vous paraître inédit ou tout simplement absurde et exagéré de notre part, il est malheureusement commun et récurrent à tous les événements de ce type en banlieue : le dernier exemple en date étant la condamnation de Bagui et Youssouf Traoré.

Les échauffourées ont commencé par l’incendie de plusieurs voitures et des jets de mortiers et autres projectiles. La riposte de la police ne s’est pas fait attendre : la police nationale et la gendarmerie se sont déployées en masse dans les rues d’Aulnay-sous-Bois et aux alentours, un hélicoptère a survolé la zone pendant une bonne partie de la nuit. Les CRS et policiers étaient armés de fusils d’assaut G36 ; un fusil de précision Tikka T3 a même été aperçu. S’en sont suivi des affrontements entre policiers et émeutiers dans un rapport de force disproportionné. En effet après avoir utilisé lanceurs LBD40, grenades lacrymogènes et grenades de désencerclement, la police a tiré à balles réelles ; des tirs de sommation selon la préfecture. Les habitants ont été témoins de ces tirs en l’air mais ajoutent que les tirs étaient par la suite dirigés vers des personnes parties se cacher derrière des arbres ou dans des halls d’immeubles, selon des témoignages recueillis par le journaliste Alexis Kraland. Pendant toute la soirée les policiers, dans un simili couvre-feu, ont poursuivi et arrêté les émeutiers mais aussi menacé les passants filmant les événements ; c’est notamment le cas dans cette vidéoun agent de police menace un habitant d’Aulnay en braquant sur lui son LBD40 : « Range ton téléphone ou je t’allumes ». Au final, la préfecture de Bobigny a confirmé l’interpellation de 24 personnes.

 

 

Des faits qualifiables de torture

Quant au viol et aux violences subies par Théo, ceux-ci pourraient être qualifiés de torture d’après Aline Daillère, responsable police-justice de l’ONG ACAT, qui se fonde sur une décision du 28 juillet 1999 de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH). Dans cette affaire Selmouni c. France, la CEDH condamne la France et retient la qualification de torture pour des sévices sexuels, dont l’introduction d’une matraque dans l’anus, subis par une personne en garde à vue.

 


Viol inconcevable et soutien inconditionnel aux policiers

Toujours dans un souci de soutien des fonctionnaires de police et dans son habitude d’invoquer la présomption d’innocence pour démentir constamment toute bavure policière, Alliance (le principal syndicat de policiers) dénonce dans un communiqué « ces mises en examen décidées sous la pression médiatique ». Loïc Lecouplier, secrétaire national adjoint du syndicat, considère que « un viol sur une interpellation est inconcevable. Il y a peut-être eu un coup malheureux mais à aucun moment on ne peut concevoir qu’un policier ait violé un individu sur une interpellation aussi compliquée. »

Étant donné que plus de 50% des policiers et militaires ont voté FN en 2015, il nous semble pertinent de vous donner les déclarations de Marine Le Pen vis à vis de cette affaire : «Mon principe, c’est d’abord je soutiens les forces de police. […] On ne sait pas dans quel contexte cette arrestation a eu lieu, donc je pense que se baser comme ça sur des images, c’est assez périlleux.»  

Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol.

Article 222-23 alinéa 1 du Code Pénal


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