Il y a quelques mois, la polémique autour des investitures non paritaires de la droite, relançait la question de la représentation féminine en politique. 168 femmes contre 298 hommes investis pour les législatives de 2017, le parti Les Républicains devra se confronter à des pénalités financières estimées à plus de 35 millions d’euros sur les cinq prochaines années. Si le parti LR est celui qui présente le taux de représentation féminine le moins élevé, il n’est pas le seul concerné. Dans une moindre mesure, le PS  fait également face à cette retenue sur les financements publics versés par l’État (1,3 million pour 2015) ainsi que le FN, les centristes ou les radicaux de gauche (à hauteur d’environ 100 000 euros). Seuls les communistes et les écologistes y échappent, bons élèves de la parité.

Un constat sévère

A l’origine de cette amende, une loi. Celle relative à l’Egal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives, introduite en droit positif français le 6 juin 2000 (et appliquée pour la première fois lors des élections cantonales de mars 2001). Celle-ci contraint objectivement les partis politiques à présenter autant de femmes que d’hommes (1) aux différentes élections françaises sous peine d’une pénalité financière conséquente. Principe renforcé, plus récemment, par l’inscription de cet impératif à l’article 1er de la Constitution par une révision de 2008.

Nonobstant cette loi, et les efforts présumés de certains partis, seulement 26,9% des députés et 25% des sénateurs sont des femmes(2)Pourtant, celles-ci représentent 52% de l’électorat aujourd’hui. Et ces chiffres placent la France à la 47ème place au classement mondial de la représentation des femmes au sein des Parlements (entre l’Afghanistan et l’Irak pour comparaison).

Si certes, la représentation des femmes en politique augmente (elles n’étaient que 8, soit moins de 2%, élues lors des élections de 1958 et 1968 par exemple), la progression reste anormalement lente, en particulier dans les espaces politiques centraux.

Alors comment comprendre ce déséquilibre manifeste dans la représentation politique ?

Les contournements de la loi sur la parité

Les premiers responsables sont les partis, évidemment, puisque contrôlant le processus de sélection des candidats. Le nombre d’investitures féminines est quasi-systématiquement inférieur aux investitures masculines. Particulièrement dans les « partis de gouvernement » qui raflent la plupart des postes électifs. Et il semblerait que ceux-ci soient plus à l’aise avec l’idée d’écoper de pénalités annuelles de plusieurs millions d’euros, que de faire investir des femmes.

D’autant plus que, si ceux-ci choisissent finalement d’en présenter, la manipulation des investitures est exécrable. Des candidates sont catapultées dans des circonscriptions qui n’ont aucune chance d’être remportées (mais sur le papier, on n’y voit que du feu). Ou bien des pressions sont exercées sur ces femmes, pour qu’elles laissent leur tête de liste au profit du nom suivant (masculin), après leurs victoires (3).

L’engagement des femmes en politique 

La faible représentation des femmes est également liée aux femmes elles-mêmes. Peu s’engagent politiquement car peu se considèrent légitimes à briguer un poste décisionnel, et c’est encore plus vrai pour les fonctions nationales.

D’après une enquête menée auprès d’hommes et de femmes dans les parlements (4), les premiers facteurs dissuasifs d’engagement en politique pour les femmes sont :

  • les responsabilités familiales (les femmes passent en moyenne 1h27 de plus que les hommes à s’occuper des taches domestiques – ménage, cuisine, linge, courses, enfants (5)) ;
  • la conception culturelle dominante du rôle de la femme dans la société ;
  • l’absence de soutien de la part de leur famille.

Tandis que, pour les hommes, ce sont l’absence d’appui de la part de l’électorat, le manque d’argent ou le manque de soutien de la part des partis politiques qui les freinent dans leur engagement politique.

Outre le partage inégal (parfois même inexistant) des responsabilités familiales en matière de tâches domestiques et d’éducation des enfants, les deux points suivants sont particulièrement alarmants. Après Olympe de Gouge et Marguerite Durand, après les premières femmes au gouvernement sous la présidence de Léon Blum il y a 80 ans (6), après les grandes figures féminines de la Résistance, après un droit de vote accordé en 1944 ou après les avancés significatives dans la reconnaissance des droits des femmes en France depuis les années 60, des représentations sociales biaisées semblent pourtant s’accrocher furieusement à la réalité du XXIème siècle, encore.

Des paroles ou des actes anodins, mais qui briguent le champ des possibles pour ces femmes, non moins compétentes. Ou lorsque celles-ci ont néanmoins réussi à intégrer le système politique, des discussions et considérations qui se cristallisent autour de leur apparence ou de leur vie familiale. Une stigmatisation qui passe trop souvent inaperçue.

Alors, ensemble ? 

La Constitution du 4 octobre 1958, inscrit à son article 3 le principe de l’appartenance de la souveraineté nationale au peuple, qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. « Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice ».

« AUCUNE SECTION DU PEUPLE ». Ni les femmes, ni les hommes. Mais les femmes ET les hommes, ensemble.

Il devient urgent aujourd’hui de construire un système de l’inclusion. Et non pas celui d’une majorité masculine (blanche, hétéro et d’une moyenne d’âge approchant la soixantaine, pour être vraiment précis.)

Urgent, car nous ne pouvons vivre durablement dans une société qui ne laisse pas une place suffisante à chacun et chacune de ses citoyens et citoyennes pour exister. Urgent, car les femmes sont les témoins de réalités parfois ignorées. Et qu’elles seules sont en mesure de proposer certaines avancées dont les politiques ne veulent (ou ne peuvent, par manque d’information) se saisir. Et puis, de manière très pragmatique, ouvrir (vraiment) les portes des instances décisionnelles aux femmes, c’est aussi ne plus se priver des idées, des compétences et des cerveaux de la moitié de l’humanité (ah oui quand même…) !

Alors à cette question « où sont les femmes ? », instinctivement c’est « pas là » nous vient aux lèvres. Mais répondre cela, c’est nier toutes ces femmes qui, au quotidien, animent déjà la vie de la Cité. Certaines s’engagent pour la démocratie, se battent pour l’équité dans les écoles, innovent et créent leur propre petite économie, luttent pour faire une utilisation plus efficace (et plus écologique) de l’espace public ou écrivent l’inspirant pour nous enivrer.

Les femmes sont là, ne faisons pas sans elles.

(1) Obligation de moyens et non de résultats

(2) Tableau de la représentation des femmes en politique – INSEE, Haut conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes.

(3) Élue FN candidate pour respecter la parité mais contrainte de démissionner le lendemain de son élection. 

(4) Tableau sur l’influence des différents facteurs dissuadant les hommes et les femmes de s’engager dans la politique (p18) – Enquête auprès des hommes et des femmes dans les parlements

(5) Tableau de la répartition des temps sociaux selon les sexes – Enquête 2009-2010 INSEE, Observatoire des inégalités. 

(6) Sous le gouvernement du Front Populaire : Suzanne Lacore (Sous-secrétaire d’État à la Protection de l’Enfance), Cécile Brunschvicg (Sous-secrétaire d’État à l’Éducation) et Irène Joliot-Curie (Sous-secrétaire d’État à la recherche scientifique).