Palmyre, Palmyre, ma belle Palmyre, qui est-ce qui t’a prise ?

Palmyre, le nom de cette ville qui me faisait autrefois rêver me glace aujourd’hui le sang. A l’heure où la ville est tantôt reprise et tantôt abandonnée, je m’interroge : Qu’est-ce qui t’a pris Palmyre, de te laisser assaillir par ces fanatiques ? Ou, moins poétiquement : QUI est-ce qui t’a prise, Palmyre, au final ?

La ville est aujourd’hui une porte sur laquelle les plus grands comme les plus minables s’essuient les pieds vulgairement.

Palmyre : un nom sur toutes les lèvres mais bien souvent méconnu

Palmyre d’abord, est une immense citadelle et située à quelques centaines de kilomètres au nord de Damas. Palmyre est un astre qui éclate dans le désert, une oasis pluri-millénaire inscrite en 1980 dans la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Très tôt dans notre histoire, des hommes se sont installés autour de ce point d’eau de Tadmor (en référence aux “palmiers”, en grec). La première mention est faite au IIème millénaire AC sur une tablette assyrienne.  Depuis cette période et déjà bien avant, l’oasis est peuplée d’hommes.

Passée sous la domination grecque, la ville est prospère et favorise le commerce du fait de sa position stratégique si bien que l’armée de Marc Antoine tente, en vain, de la piller.

Discrète dans les textes et dans l’histoire pendant cette période greco-romaine, Palmyre réapparaît aux prémices du Millénaire, en 19 PC où elle commence à figurer à nouveau dans la littérature.

Palmyre, la “ville des palmiers”, donc, est alors intégrée à l’Empire Romain et entretient de fortes relations avec les villes côtières, seul moyen d’atteindre la rive et donc de commercer le plus facilement. Elle est à cette époque ce que Jean-Baptiste Yon décrit comme une “ville caravanière contrôlant une partie du commerce entre le Golfe, l’Océan indien à l’est et la Méditerranée, Rome à l’Ouest“.

La ville atteint alors son apogée en 129 et l’Empereur Hadrien décide alors de la visiter. Evitant de justesse l’invasion perse du IIIème siècle, la ville est alors plongée dans une guerre civile entre le Noble Odénat et sa veuve Zénobie, en conflits ouverts pour prendre le pouvoir. Après les massacres et le pillage du sanctuaire d’Hélios (le Dieu du Soleil), la citadelle est laissée garnison. Exit les trésors et la prospérité, bonjour à la guerre et à la désespérance.

Une ville avec un lourd patrimoine : la belle Palmyre, le beau patrimoine, tout est beau, alors ?

Palmyre a, depuis cette période été contrôlée par les musulmans, influencée longtemps par les grands califats notamment celui des omeyyades.

Et la ville finit le second Millénaire sous fond d’une Histoire riche, pleine et fructueuse qui laisse donc dans les rues, dans le tracé des maisons et des espaces une empreinte forte du patrimoine. Après la Première Guerre Mondiale, on se souviendra que c’est la France qui occupe la Syrie dans le cadre du mandat de la Société des Nations. La France décide à cette période d’entreprendre les premières fouilles archéologiques.

Reconstitution graphique du sanctuaire de Bel

Il reste alors de nombreux monuments : une grande partie des sanctuaires demeurait jusqu’à 2013. Ils avaient survécu aux pillages et aux destructions de 1404, visiblement pas à Daesh… Parmi les sanctuaires figure celui de Bel qui se trouve au sud-est de l’agglomération antique. De même, les colonnes ont été “moins bien préservées” comme le rappelle Jean-Baptiste Yon mais d’importants travaux de restauration avaient jusqu’à présent été réalisés.

Sanctuaire de Bel avant (au-dessus), et après Daesh (en-dessous). Images satellites

“Jusqu’à présent”, en effet, car comme bon nombre d’entre nous peuvent le regretter, la ville a été attaquée par Daesh en 2013. Selon les archéologues (dont certains ont réussi à parvenir sur place malgré la guerre), l’organisation terroriste a épargné aujourd’hui “80% de l’architecture” du site. En effet, la ville, située dans une zone charnière en Syrie se trouve à maintes fois prise puis regagnée et ce va-et-vient incessant ne s’est jamais véritablement arrêté depuis le début de la guerre civile.

Le Tempe de Bel par exemple fut tristement détruit en avril 2015 et la destruction de cette Merveille d’architecture avait d’ailleurs provoqué une levée de boucliers sans précédents.

On pourrait sans doute passer des heures à parler de Palmyre, de ses beaux vestiges, de la nouvelle ville de Tadmor et de l’incidence française sans doute bénéfique au développement de ce qui est aujourd’hui le symbole d’un génocide du patrimoine, de la destruction pure et simple de l’Humanité et de son histoire.

Il ne faut pas prendre à la légère ce qu’il se passe à Palmyre et le silence des autorités, surtout des exécutifs nationaux d’ailleurs, est particulièrement flagrante à ce propos.

Derrière les pierres, la géopolitique des ruines ? 

Comme le rappelle Jean-Pierre Payot, “ce qui se joue à Palmyre s’inscrit dans un cadre géopolitique spécifique. Deux conceptions du monde et de l’humanité s’affrontent au travers de l’usage des ruines archéologies”.

En effet, revenant sur la vaste offensive de Daesh du 21 mai 2015, il rappelle que l’organisation prendre le contrôle de la ville jusque là assaillie par des tirs mais jamais foulée du pied. Les “conquérants de Dieu” qui avait détruit les bouddhas de Bamyan ou les sculptures de Tombouctou ont encore opposé leur conception du patrimoine à celle du Monde.

Si nous considérons ces pierres comme des vestiges intouchables, eux les érigent en symbole de nos faiblesses et ont vocation, souvent, à les détruire. Daesh s’est d’ailleurs très vite retenu de continuer à agir devant les réactions des populations locales souvent très mobilisées.

Qu’on le veuille ou non, cette guerre est celle du patrimoine. Et au-delà même de nos conceptions respectives des biens en tant qu’ils sont un symbole de notre passage sur Terre, force est de reconnaître que le sujet est trop souvent resté sur la touche.

Aujourd’hui, Palmyre a de nouveau été reprise par les forces de Daesh. En effet, dans une action concertée, la coalition américaine a desserré l’étau autour de Daesh à Raqqa et Mossoul, emmenant les terroristes sur la ville-oasis, presque pour soutenir une stratégie médiatique visant à filmer les destructions de patrimoine.

Pourtant, des solutions d’évasions plus commodes auraient été peut être envisageables. Mais voilà, que voulez-vous ? Le patrimoine est autant un enjeu politique pour les uns que pour les autres.

Triste Humanité…

Sources :

Site d’histoire de Palmyre

Page wikipédia sur Palmyre

Palmyre, son origine, son histoire : Entretien avec Jean-Baptiste Yon

Page wikipédia sur le Temple de Bel