Pénélope Gate : François Fillon peut-il survivre ?

On appelle ça le “Pénélope Gate”. Le croc de boucher a été planté dans le morceau de viande Fillon. Si ce ne sont pas les adversaires politiques directs du candidat de la droite à l’élection présidentielle qui ont lancé le premier coup, il ne peut s’agir que de ses (anciens ?) rivaux.

A l’heure où le Canard Enchaîné publie de nouvelles révélations, la situation ne fait qu’empirer. Malgré un début de campagne puissant renforcé par l’absence d’adversaire progressiste valable, François Fillon semble ces derniers jours empêtré, aussi bien dans les sondages que dans les affaires.

Gauche et droite se déchirent… pourquoi ?

Les uns l’acclament et continuent de le soutenir aveuglément : c’est leur champion, il sera Président, point barre ; les autres le vilipendent, il est coupable, un point c’est tout.

Qu’on soit de gauche ou de droite, l’opportunité d’un emploi fictif ne doit pas être réjouissante. Alors que Fillon s’était érigé en chantre de la République exemplaire, voilà que cette affaire vient remettre en cause son avantage principal sur… Nicolas Sarkozy : la probité. En recrutant sa femme sans lui donner de rôle particulier et visiblement sans lui demander de travailler réellement comme une attachée parlementaire, il s’est fourvoyé.

A sa place, on aurait tous fait pareil

Est-ce un crime ? À sa place, aurions-nous fait pareil ? À titre personnel, je pense que j’aurais agi de la même manière : j’aurais recruté mes proches afin de les récompenser de leur travail lors d’une éventuelle campagne tout comme on s’amuse ici et là à trouver un poste, donc à pistonner, ceux que l’on apprécie.

Mais ici, le problème ne réside pas dans le fait d’avoir employé sa femme. Il se trouve dans l’effectivité du travail.

Le problème, c’est le salaire et l’effectivité du travail

Voilà que, dans un premier temps, nous apprenons qu’une “attachée parlementaire” est très bien payée (entre 5000€ et 7000€ par mois alors même que le portefeuille d’un parlementaire est limité à 9500€, difficile à comprendre). Puis dans un second temps, on apprend que cette même “attachée parlementaire” n’a jamais travaillé. Du moins, c’est ce que Pénélope Fillon assurait jusqu’ici dans ses interviews avec une constance qui ferait pâlir le libéralisme hollandien.

On apprend coup sur coup qu’elle est très bien payée et qu’elle ne travaille pas, ou du moins visiblement pas dans les tâches qui incombent à une attachée parlementaire.

L’emploi fictif importe peu, les aveux sont publics, pas de preuve nécessaire pour le peuple

La réflexion n’a pas besoin de s’approfondir, cette suspicion qui est fondée sur des aveux publics suffit à qualifier la situation de catastrophique pour la probité du candidat et pour sa campagne.

Peu importe qu’il y ait eu ou non d’emploi fictif, la question juridique est ici presque secondaire.

On apprenait, il y a quelques semaines, la richesse du clan Fillon et les rentes dégagées par l’entreprise familiale sans compter la “maison de campagne” qui s’apparente à un splendide château.

Un candidat trop riche… qui pique dans la caisse ?

Fillon est riche, il l’est trop pour devenir Président de la République. Fils d’une Professeure d’Université et d’un notaire, il disposait déjà d’un patrimoine immobilier et financier important. L’idée s’est doucement installée qu’il s’était en plus enrichi sur le dos du contribuable : un riche toujours plus riche qui demande aux pauvres d’être plus pauvres, de travailler plus pour gagner moins, de vivre moins bien et moins cher pour faire des économies tout en supprimant l’Impôt sur la Fortune.

C’est le personnage Fillon dans sa froideur et dans sa rigueur qui est aujourd’hui vilipendé. C’est le chantre de l’ultra-libéralisme qui puise dans les caisses de l’Etat qui a été pris la main dans le sac. Et en plus, il n’assume pas et se défend de manière maladroite.

Maladroit, il l’a été, dans ses arguments qui relèvent au mieux de la mauvaise foi, au pire du mensonge : il déclare sur TF1 avoir payé ses enfants avocats… alors qu’ils n’avaient pas passé le Barreau. Il indique lors de son meeting à la Villette qu’il n’a qu’un seul compte en banque, or ça ne peut pas être vrai puisque son rôle de député lui impose d’en avoir un second pour assumer les frais de représentation. Conséquence : 76% des Français ne sont pas convaincus de ses arguments ; il dégringole dans les sondages, pointant au maximum à 22% (TNS Sofres du 31 janvier)… Il est donc au même niveau que Macron alors qu’il avait commencé 14 points devant.

Un Président ne devrait pas faire cela…

Dans une France de l’extrême-pauvreté, frappée de plein fouet par le chômage, après les affaires Balkany, Dassaut, Sarkozy, Arif et Cahuzac, on aimerait de manière générale une probité exemplaire et une certaine droiture de celui qui souhaite prendre la place de Président de la République.

Le commerçant a le droit de faire travailler sa femme tout comme la cheffe d’entreprise de recruter son mari. Mais on attend d’un potentiel Président de la République qu’il soit blanc comme neige, car il est l’élu parmi les 66 millions qui portera la voix d’un peuple pendant cinq ans.

Fillon sortira-t-il de cette passe difficile ? Bernard Tapie disait “En politique on meurt deux fois, une fois dans chaque camp“. Il était déjà mort pour la gauche et pour les centristes, il commence à mourir aux yeux de ses alliés idéologiques. En sortira-t-il seulement vivant ?