Peut-on être contre les violences policières mais pour la police ?

Les remous de l’affaire Adama Traoré et les questions que se posent encore les enquêteurs sur les circonstances de sa mort nous interrogent sur notre relation à la police de même que les violences policières qui continuent de se propager en France et dans le Monde.

Des images, de plus en plus d’images et des violences policières assumées

Qui ne s’est pas retrouvé au 20h nez à nez avec la preuve d’une interpellation provocant la mort d’un afro-américain ? Les exemples défilent et se sont démocratisés depuis l’affaire Zyed et Bouna en 2005.

Il y a quelques mois, La Plume de Céryx couvrait la manifestation pour la police. A cette époque, sur la place de la République, les discussions avec des policiers étaient devenues la norme. À la différence de ce qui pouvait être observé en marge de certaines manifestations contre la loi Travail, l’humeur était aux blagues plus qu’aux insultes, aux remerciements plus qu’aux affrontements.

Selon un sondage Odoxa pour “Le Parisien”, 82% des français ont une bonne opinion de la police. Beaucoup d’entre nous en sont, beaucoup d’entre nous font partie de cette très large majorité de Français qui apprécie les forces de l’ordre et qui estime leur travail. Ce n’est pas incompatible avec la critique que l’on peut faire des violences policières.

Ainsi, il y a quelques mois, au moment où le témoignage d’un enseignant circulait sur les réseaux sociaux, nous avons décidé de le publier sans conditionnel et sans précautions de langage afin que chacun s’interroge directement sur la véracité des propos et que ce qui est un témoignage apparaisse comme une information.

Considérer le témoignage comme source d’information, pourquoi ?

En ayant étudié l’affaire d’Adama Traoré considéré aujourd’hui par l’audience comme un délinquant qui méritait de mourir (alors qu’il n’était pas délinquant et qu’il méritait encore moins de mourir) quand bien même des autopsies confirment la mort par asphyxie, c’est un parti pris éditorial que nous voulons strictement assumer.

Plus généralement, on sait bien que lorsqu’un policier gaze des manifestants, c’est qu’on lui en a donné l’ordre et qu’il est tenu par sa hiérarchie, elle-même tenue par le préfet de police, recevant lui même des lignes directrices du ministre de l’Intérieur ou de son cabinet.

Ces derniers jours, il est un fait que nul ne saurait remettre en cause : l’augmentation des tensions sociales a été amplifiée par la recrudescence des violences policières. D’où ces violences proviennent-elles ? En partie d’un gouvernement qui ne cesse de les renforcer par des directives toujours plus strictes, des décisions toujours aussi brutales et une politique toujours aussi anti-sociale.

"NI Patrie, NI Patron, NI Le Pen, NI Macron", le slogan des manifestants du 1er mai.
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La répression est dûe à ceux qui donnent les ordres, pas à ceux qui les appliquent

Le fondement même de la contestation naît dans les travées de l’Assemblée, dans les bureaux des ministères où chaque jour un travail d’affaiblissement des acquis sociaux est réalisé. Alors, certes, il y a eu la loi El-Khomri mais la plupart des projets de loi et des actions policières réalisées continuent de stresser les forces de l’ordre et les placent dans des états de fatigue psychologique qui peuvent conduire au pire.

Il n’y a donc à proprement dit pas d’opposition entre le fait de défendre la police républicaine et de pointer du doigt les violences et bavures policières commises chaque jour aux quatre coins de la France, surtout lorsque c’est un enseignant de notre Université qui témoigne. C’est alors sa parole face au silence de la Préfecture,  nous avons pris le parti de considérer sa parole comme vraie.

Dans le même temps, nous sommes tous légitimes pour défendre la police républicaine. Et qu’il est important de défendre ces hommes quand bien même certains abuseraient de leurs pouvoirs ou de leur force (je pense à ceux qui s’amusent depuis quelques semaines à gazer de manière très fournie tous les manifestants quoiqu’ils fassent).

L’ennemi commun, c’est le délinquant qui porte l’uniforme de la police et qui le salit par ses bavures

L’ennemi commun de ces deux mouvements – ceux qui dénoncent la stratégie du gouvernement et les violences policières d’un côté, les policiers qui manifestaient en avril pour soutenir la police – n’est pas le rival médiatique.

Pour reprendre l’expression consacrée, notre adversaire n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, ne sera jamais élu, et pourtant, il gouverne. Cet adversaire ce sont les lois liberticides, l’exécutif sans limites, le Parlement muselé, l’affaiblissement et la réduction des budgets de la police à mesure que le temps n’avance.

Cet adversaire, c’est le pouvoir dans la manière dont il se conçoit sous la Ve République, un pouvoir violent et sa police soumise.

Notre ennemi, ce n’est pas le flic, c’est la répression, cette répression qui mine les libertés, fatigue et blesse nos policiers. Une répression qui alimente une discorde sociale bien utile à un gouvernement en perte de vitesse.

Notre ennemi, ce n’est pas le flic, c’est le délinquant infiniment minoritaire qui brise les chaînes de la République, salit l’uniforme de la police et laisse aller ses pulsions meurtrières lors de l’interpellation d’une femme qui n’a pas sa carte Navigo.

Nous sommes donc prêts à accepter et à faire publier les témoignages de toutes les bavures policières. Dans le même temps, nous recevrons bien volontiers les textes qui nous seront soumis par des policiers qui souhaitent évoquer ces violences du quotidien dont ils sont parfois aussi les victimes.