Violence et police, main dans la main ?

« La police, cause principale des violences policières » ; ce constat est d’autant plus vrai qu’il est évident. Pourtant cette tautologie ne fait pas l’unanimité parmi les détracteurs des bavures.

Pas de police sans violence

Violence et police vont de pair ; comment concevoir la seconde sans la première ? La violence est intrinsèquement liée à la police, qui en a besoin pour « maintenir l’ordre » et ne peut fonctionner sans l’utiliser. Le recours à la force est l’outil principal des agents de police; une force dont l’État est dépositaire puisque, selon Weber, il en a le « monopole de l’usage légitime ». Ainsi la police est l’institution qui incarne cette force légitime monopolisée par l’État. Violence et police sont théoriquement inséparables.

Cependant la question n’est pas tant dans la violence que dans la justification ou plutôt la légitimité de celle-ci. Légitimer l’usage de la violence est une opération délicate; pourtant la police jouit d’une présomption générale d’avoir utilisé la force à bon escient, de façon juste et proportionnée. Alors les violences policières sont considérées par l’opinion générale comme des exceptions plus ou moins fréquentes, mais jamais comme un motif récurrent caractéristique.

L’exception comme excuse

Le raisonnement par excellence des fervents défenseurs de la police à chaque nouvelle bavure est l’exception pour excuse; c’est-à-dire que lorsque qu’il y a violence policière avérée, elle se doit uniquement au comportement extraordinaire d’un agent en tant qu’individualité non représentative du corps policier dans son ensemble. Par exemple, lorsqu’un CRS lance une grenade de désencerclement au niveau de la tête des manifestants (alors qu’elle doit être lancée au sol) et blesse grièvement, cela relève de la faute personnelle. C’est logique. Sauf que ces agissements sont répétés et, plutôt que des écarts, ils sont la norme dans la pratique du « maintien de l’ordre ». Zyed et Bouna, Rémi Fraisse, Adama Traoré, Lamine Dieng et tant d’autres en sont l’illustration funeste. Récemment, la répression de la Cop21 et du mouvement contre la « loi Travail » a remis les violences policières sous le feu des projecteurs : éborgnement par tir de flashball à Rennes et par éclat de grenade à Paris, coup de poing à un lycéen de Bergson, … Même sans avoir été victime directe de cette brutalité elle se ressent constamment en manifestation : utilisation massive de gaz CS (faut-il rappeler qu’il s’agit d’une arme chimique?), tirs tendus de grenades lacrymogènes, grenades désencerclantes lancées à hauteur de tête mais aussi des remarques sexistes, des menaces de mort et des manifestants menottés frappés.

A cette violence habituelle subie par les manifestants (condamnée par l’ONU) s’ajoute celle subie au quotidien par les habitants de cités et par les racisés, plus ou moins jeunes.

« Ils ne font que suivre les ordres »

L’autre grand argument pour dédouaner la police des exactions qu’elle commet est que ses agents ne font que suivre les ordres. «La répression est due à ceux qui donnent les ordres, pas à ceux qui les appliquent » écrit Béchir Bourderbala dans son article, comme si le fait d’obéir à une consigne dénuait de toute responsabilité. Dire que « l’adversaire ce sont les lois liberticides, l’exécutif sans limites, le parlement muselé […] » revient à retirer sa conscience au policier coupable d’une bavure, c’est le considérer comme un robot obtempérant de façon aveugle. Or le policier ou le gendarme en exercice est en pleine possession de ses moyens physiques et intellectuels, du moins j’ose l’espérer. Certes la hiérarchie et l’administration ont leur rôle dans la répression mais elles partagent leur responsabilité avec l’agent qui commet l’acte violent. On ne se fait pas ouvrir le crâne par un coup de matraque du ministère de l’Intérieur et ce n’est pas aux mains de Bernard Cazeneuve qu’Adama Traoré est mort. Le policier réagit par rapport à une situation particulière, il est responsable de cette réaction ; tout autant que l’administration et la hiérarchie qui donne les lignes directrices d’agissement.

Ainsi la violence est intrinsèque à la fonction de police. Séparer l’une de l’autre est impossible puisque la police ne saurait se définir sans la notion de violence. Aussi, être contre les violences policières mais pour la police relève de l’hypocrisie ou de la mauvaise foi intellectuelle. Je pourrais continuer longuement sur la militarisation de la police, sur la qualification des armes anti-émeutes comme « non létales » ou sur l’impunité généralisée de ceux qui commettent les bavures mais laissons-cela pour une autre fois et concluons : violence et police vont de pair.

Pour aller plus loinN’hésitez pas à lire l’excellent rapport de l’ACAT sur 10 ans de violences policières. De même que vous pouvez consulter le texte “Dix ans de flashball”, un article de BuzzFeed. Enfin, pour compléter votre point de vue, “Domination policière : une violence industrielle” par Matthieu Rigouste.