Il est condamné ? On s’en fout, on va voter pour lui !

L’ancien Président, Jacques Chirac s’est au cours de ces dernières années imposé comme l’archétype du « cool », clope au bec, fraudant dans le métro, ses punchlines juteuses effaçant toute trace d’emplois fictifs. François Fillon quant à lui, collectionne les casseroles depuis maintenant quelques semaines. Une mise en examen ? Rien à foutre. Quand bien même il avait déclaré vouloir se retirer, il se sera maintenu pour réaliser le score de 19,5%. Et pourquoi a-t-il continué ? Parce qu’il savait qu’il avait une chance de gagner, casserole ou pas casserole. Et pendant ce temps-là, Balkany court toujours…

Corruption des élus, détournements d’argent et autres magouilles : et alors ?

« Tous pourris ! »

Toujours la même rengaine, on en a maintenant l’habitude. Imaginerions-nous De Gaulle mis en examen ? Bien sûr que non, sauf que notre cher Général repose six pieds sous terre, et depuis bien longtemps. Ça nous fait de belles jambes.

A droite comme à gauche, dans le désordre, Chirac, Tapie, Juppé, Sarkozy, Balkany, Cahusac, Fillon, Le Pen, les casseroles pleuvent au royaume de la magouille. Macron quant à lui, semble aussi tremper dans des affaires douteuses, comme l’ont souligné le Canard Enchainé et Olivier Berruyer.

Et pour les autres, peut-être n’a-t-on simplement encore rien trouvé ? Quelque chose leur tombera bien dessus un jour… Puisqu’ils sont « tous pourris », autant ne pas prendre cela en ligne de compte.

Ils réveillent en nous nos aspirations les plus individualistes

Notre cher Kaaris définit ainsi Sarkozy dans une interview au journal 20 minutes en novembre dernier :

« Sarkozy ! C’est le plus thug, le plus caillera de tous les politiciens. Il met et enlève qui il veut au pouvoir, il va en Libye s’il veut. Les autres présidents l’auraient fait en douce. Sarkozy, il dit face-à-face tout ce qu’il a à dire. C’est un genre de Donald Trump, en plus intelligent. Il est fort, c’est un thug de ouf. »

Sarkozy, c’est un peu Al Pachino. Il est laid, porte des talonnettes, et finit Président de la République, aux bras d’un ancien mannequin en prime. Moins c’est net, plus ça passe. Nos politiques les plus malhonnêtes sont ceux qui suscitent le plus d’admiration. Si le rappeur n’est pas un fin politologue, son discours n’en est pas moins représentatif d’une certaine frange de la population.

Champion toutes catégories : Patrick Balkany

Condamné en 1996 pour « prise illégale d’intérêts », en 1999 pour avoir employé trois employés municipaux de Levallois pour son usage personnel, en 2004 pour diffamations et injures envers une élue communiste lors d’un conseil municipal, accusé de sous-évaluation de patrimoine, d’inscription frauduleuse sur les listes électorales, détournement de fonds publics, corruption d’agent public, évasion fiscale, favoritisme… sa réputation le précède. J’ai nommé Patrick Balkany, champion de la magouille toutes catégories. Il est maire de Levallois-Perret (Hauts de Seine) depuis 1985 (avec une interruption entre 1995 et 2001), élu à chaque fois dès le premier tour. Oui oui, au premier tour.

Bien évidemment, il est toujours actuellement député des Hauts de Seine et Maire de Levallois-Perret. Fort de sa légitimité démocratique, sachant pertinemment qu’il continuera de passer entre les mailles du filet, il déclare en sortant de mise en examen, avec un aplomb sans pareille : « quand on n’a rien à se reprocher, on se sent bien » . Si vous aviez encore une once de naïveté en vous jusqu’ici, vous m’en voyez désolée. Balkany s’en fout.

 La morale de cette histoire, c’est que peu importe que ce soit parce qu’on trouve Al Pachino plus « cool » que Mère Theresa, qu’on choisit d’être amnésique, ou qu’on est indifférent – après tout, “qui n’aurait pas fait de pareil ?”  – , le résultat est le même : une casserole n’a jamais empêché d’être élu. Le tout est d’être bon en cuisine. Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.