En 2017, pourrons-nous encore continuer le dîner de cons ?

28 décembre 2016

Pleine nuit, nuages bas, 22° dans ma chambre, il fait chaud, du moins ça va. Je suis en débardeur et mon épisode 5 de la Saison 25 des Simpson est prêt. Une idée germe, l’article survient.

Le machiavélisme est aujourd’hui à la base de toute diplomatie qui se veut sérieuse et peu embarrassante. Pour tous les hommes au pouvoir aujourd’hui, la question est de garder le pouvoir. Par conséquent il faut répondre aux enjeux du court terme pour bénéficier des faveurs du peuple, donc éviter les sujets fâcheux. 

Le Prince de Machiavel aurait pu se retourner des centaines de fois dans sa tombe s’il avait appris la manière dont nous avions appliqué ses préceptes. En effet, le bon Prince est sans doute calculateur et stratège, mais ce qu’il veut, avant toute chose, c’est le bien pour son peuple. 

Aujourd’hui, le machiavélisme dans la diplomatie correspond à un terme : Realpolitik.

Telle qu’elle était définie par Henry Kissinger dans Diplomatie en 1996, la “Realpolitik” désignait “la politique étrangère fondée sur le calcul des forces et de l’intérêt national“. Dans les faits, elle se traduit à travers trois grands objectifs : “Empêchons les morts chez nous par des morts chez eux” (1), “Rejoignons le plus fort pour détruire le plus faible pour éviter de subir des conséquences économiques difficiles” (2) et “Utilisons les plus faibles pour nourrir les plus forts”(3).

De là naît une réflexion qui me paraît sauvage mais sans doute pertinente :

Si le monde est un village et que l’ONU est la table de jardin sur laquelle on organise ce merveilleux repas de famille, considérez que les enfants “Syrie”, “Ukraine” et “Palestine” en bout de table viennent d’être battus à mort devant toute la famille. 

Tourne la tête à droite, voici le vieil oncle George W. Bush. Lui est pire que les autres, mais il sent bon : il a été Président des Etats-Unis. Si l’on peut mettre à son palmarès des centaines de milliers voire des millions de morts, le même homme a été capable en 2005 de livrer un discours historique sur ce qu’il désigne à l’époque comme “L’Axe du Mal”. Comprends alors : ces méchants qui nous doivent allégeance ou qui devront mourir. 

Parti de ce constat, dis-toi qu’il est l’un des seuls à ne point être machiavélique. En revanche, il a été dicté par des pulsions sauvages qui l’ont poussé à faire le Mal qu’il critique lui-même.

En fait, tu comprendras assez vite au cours du dîner que ceux qui ont réussi à être autour de la table sont soit du bon côté du manche, et dans ce cas sont soit machiavéliques soit foncièrement mauvais, soit du mauvais côté, et dans ce cas sont condamnés.

Jette un œil à gauche, tu verras que la jeune Palestine encore ensanglantée est tenue en laisse par l’oncle Bibi qui a tout connu, tout vu et qui n’aime pas les arabes. Non, il n’est pas ton oncle raciste du repas de Noël, il est pire. L’Oncle Bibi a tué, il continue d’occuper la plus grande partie de la maison que sa famille colonise depuis bientôt 70 ans.

Initialement les parents lui avaient laissé le jardin, il a pris le hall d’entrée, le salon, les deux chambres, la cuisine, les toilettes (il fait payer l’entrée aux toilettes) et contrôle même les entrées et sorties en empêchant ceux dans la cave de sortir. Mais l’Oncle Bibi, bien que tu ne l’aimes pas, se trouve autour de la table car il est ami avec tout le reste des oncles de la famille. 

Lève la tête, en face de toi, il y a Tata MerkelEuropa. Elle est trop vieille pour débattre, trop vieille pour parler, trop vieille pour manger d’ailleurs. Ses bras ne sont pas reliés à son cerveau et quand il faut taper du poing sur la table, ne compte pas sur elle. En effet, la pauvre a un début d’Alzheimer, elle ne se souvient pas de son Histoire, elle a du mal à lui trouver une utilité aujourd’hui.

Et tu connais la maxime “Ceux qui ne se souviennent plus de leur histoire sont condamnés à la revivre éternellement”. Quand elle a appris pour la petite Syrie, Tata Angela a crié, beuglé à travers la maison, faisant valser les poêles de la cuisine… Ce fût en vain car elle n’a jamais osé s’attaquer à ceux qui avaient été à la base du problème.  

Si tu te demandes celui qui est à l’autre bout de la table, c’est que tu ne suis pas l’actualité familiale. Il s’agit du grand Frère Poutine. Il va souvent à la salle et pratique le judo depuis tout petit. C’est le premier à se battre, le premier à embêter sa petite sœur Ukraine et le premier à montrer ses muscles quand on se dispute au sujet de Syrie. L’autre jour, on a même cru comprendre qu’il avait envoyé ses potes en “scrète” pour voler les jouets d’Ukraine ! Ils auraient réussi à lui retirer la Crimée et sont actuellement en train de lui ôter Louhansk et Donetsk. 

Oui, tu l’imagines bien petite France, tu participes à un dîner où tu ne peux pas faire grand chose, parce que tu ne te donnes peut-être pas les moyens, ou parce que tu n’en as pas envie, au final. Tu as déjà essayé, je me souviens en 2009, quand tu étais allée voir Poutine pour libérer Géorgie : belle action !

Mais en lui parlant et en négociant avec lui, ne l’as-tu pas légitimé ? En négociant avec Hitler en 1938, ne l’as-tu pas légitimé ? En donnant du crédit à Omar El-Béchir au Soudan, ne l’as-tu pas lui aussi légitimé ? Au fond le problème aujourd’hui, n’est-il pas dans le fait de donner de l’importance aux pires ?

Dans quelques années, on apparaîtra sans doute à la Une des journaux télévisés “Elle a dîné avec Benjamin Netanyahu” comme on dit aujourd’hui de Nicolas Sarkozy “Oh, regardez, c’est atroce, il a reçu Mouammar Khadafi à l’Elysée“. 

Notre vrai problème n’est-il pas dans ces dirigeants qui justement répondent aux enjeux du court terme sans voir sur le long terme ?

Qu’adviendra-t-il de tonton Bibi dans quelques jours ou quelques mois ? Il aura disparu, sera sans doute une vieille page du manuel d’Histoire que l’on s’efforcera de tourner.

Dans le même temps, sans doute y aura-t-il eu une guerre. Palestine reprendra alors peut-être une partie de sa maison et la vérité éclatera alors aux yeux de tout le monde et tout le monde se dira “Il était méchant, nous avons eu tort de laisser une telle impunité prospérer aussi longtemps“. 

Mais alors, jeune fille, peux-tu me dire à qui aura bénéficié cette guerre ? Personne. Palestine, qui aura récupérer une partie de son territoire, sera sans doute punie par le Papy américain. De même que la famille de l’oncle Bibi qui sera sans doute à nouveau obligée de déménager !

De cette histoire, belle France, je veux que tu ne retiennes que ces quelques mots : 

Ce que je souhaite, c’est que la Palestine existe, mais aussi qu’Israël demeure. Bien que l’Etat initial fut illégitime, aujourd’hui il existe et nous avons connu trop de massacres et trop de déplacements de populations dans l’Histoire pour demander à nouveau à des peuples qui n’ont rien voulu de quitter leurs maisons. 

Mais Israël, tout comme la Crimée, tout comme les pays aujourd’hui encore colonisés ou colonisateurs, ne pourront subsister tant qu’il demeure une atteinte à ce point violente et puissante des droits humains.

Et c’est notre responsabilité de puissance mondiale que d’agir, non pas pour nos intérêts futiles d’aujourd’hui mais pour nos intérêts de demain et d’après-demain, pour que la colonisation cesse mais aussi pour qu’Israël soit protégé.

De même, en Ukraine, il faut agir pour que la colonisation cesse mais aussi pour que le peuple de Crimée accède à son indépendance s’il la souhaite réellement. La situation est identique au Moyen-Orient pour que le peuple syrien recouvre son territoire et qu’il puisse vivre en paix.

Et tu ne dois pas agir par pitié mais parce que l’Histoire nous le commande et qu’une telle zone qui débute avant l’Oural et qui finit aux bords de l’Océan Indien risque de continuer à s’embraser si nous n’apportons pas l’eau nécessaire à l’extinction du feu. 

Tu te demandes peut-être pourquoi je te mets en garde… Dans la réalité, j’ai l’impression de me mettre en garde moi-même contre l’avenir que je laisse. Je ne suis ni pro-Palestinien, ni pro-Ukraine, je suis pro-Moi et je veux vivre dans un Monde où l’on commence à respecter réellement les droits humains, où les enfants de la Terre peuvent vivre et non se battre pour leur survie.

Ce que je dis n’a rien d’utopique. Le résultat n’est pas utopique, ce sont les moyens nécessaires à sa réalisation qui sont gigantesques. 

Je ne le fais pas pour les autres, tu l’auras compris, je le fais pour moi, pour l’égoïsme profond de l’être humain minable que je suis, non pas par amour, non pas par solidarité, mais par nécessité.

Par nécessité morale, d’abord : nous ne pouvons vivre dans un Monde où il y a autant de morts chaque jour, par conscience : nous ne serons jamais tranquilles tant qu’on tuera à l’autre bout du monde et par nécessité de préparer l’avenir : autant de conflits, autant de déplacés, c’est autant d’immigrés potentiellement intéressés à l’idée de rejoindre l’Europe. 

Je suis un égoïste ! Si j’étais né à quelques heures de vol de Paris, j’aurais pu être de ces générations que l’on a sacrifié sur l’autel des hydrocarbures, de l’argent sale, des guerres d’égos ou des conflits qui opposent des religions prônant la paix. Je pense alors que j’aurais bien aimé qu’il y ait un mec qui puisse dire à ses amis, à ses proches, à tous les citoyens de ce pays qu’est la France et qui peut encore agir que nous ne pourrons pas continuer comme ça.

A défaut de vivre chez les Bisounours, chère France (oui, je me remets à lui parler, j’ai tous les droits, c’est mon texte d’abord), tu es assise à la table des grands.

Alors cette table, renverse-la ! Tape du poing, dis ce que tu vois, dis ce qui est vrai, ne sois pas suiveuse, sois indépendante, à l’avant-garde ! Reconnais Palestine avant tout le monde, comme le Général De Gaulle a pu reconnaître la Chine de Mao dix ans avant le reste des pays du monde !

Ne te soucie pas de l’instant présent, car si ta belle conscience te guide, c’est l’intérêt de demain et d’après-demain qui en sera bénéficiaire.

Et si tu en as l’occasion, belle France, vire au moins les cons de cette table, quitte à finir avec Tata Angela, Papy Jinping et la famille hispanique au grand complet. Moins on est de fous et plus il y a de nourriture !

En plus, on me dit qu’Arafat cuisine un excellent couscous…


Article rédigé avec le regard bienveillant d’Eloïse Pili et Hugo Favre.