Présidentielles : 2017 ne rime pas avec écologie, et c’est bien dommage !

La dégradation de l’environnement est devenue une évidence depuis déjà plusieurs années, voire plusieurs décennies. On caractérise d’ailleurs notre ère comme étant celle de l’anthropocène, c’est-à-dire une ère dans laquelle le développement des activités humaines a pris une telle ampleur que l’homme est devenu un facteur de sa propre destruction. 

De plus en plus, la préservation de l’environnement constitue un enjeu central des politiques publiques. Ces mesures tentent de limiter une recherche effrénée de profit qui se ferait au détriment de l’environnement, par exemple en « internalisant les externalités » et en donnant un prix au carbone.

Economie et écologie ne sont pas pour autant des ennemis irréconciliables

Mais l’économie et l’écologie ne sont pas irréconciliables. Etymologiquement, l’écologie correspond à la science du foyer, alors que l’économie s’apparente à la gestion de ce même foyer. Un hasard ? Loin s’en faut. Alors que l’économie est tournée vers le foyer à petite échelle, l’écologie défend le foyer en tant que nature. Or, l’ensemble des activités humaines s’inscrit dans cette logique, à commencer par les activités économiques elles-mêmes. Ainsi, détruire la planète reviendrait à annihiler la condition nécessaire à l’existence d’une économie.

Dès lors, si notre système économique continue dans la même direction et refuse de s’orienter vers un modèle plus soutenable, il finira certainement par imploser du fait de cette contradiction. Mais cet enjeu primordial d’une orientation durable de l’économie possède-il la place qui lui revient dans les élections présidentielles ?

L’écologie progresse à gauche

Il est certain que l’écologie ne constitue pas un des thèmes les plus médiatisés de l’élection présidentielle, mais le fait de ne pas en parler ne signifie pas qu’elle est effectivement absente des programmes. C’est même tout le contraire ! En effet, nous nous trouvons face à un paradoxe : alors qu’il n’y a pas de candidat estampillé écologiste, les idées écologiques n’ont jamais été aussi centrales dans les programmes, plus particulièrement dans les programmes des candidats de gauche.

Tout d’abord, s’il n’y a pas de candidat écologiste, c’est parce que Yannick Jadot – sorti vainqueur de la primaire écologiste– s’est rallié à Benoit Hamon, lequel a laissé les idées écologiques infuser dans son programme. Le candidat du PS a notamment la volonté de porter les énergies renouvelables à 50% du mix électrique à l’horizon 2025, le développement des repas bio dans les cantines scolaires, l’amélioration des transports en commun ou encore la préservation des biens communs (l’eau, l’air, le vivant…).

Ce dernier point fait également partie du programme de Jean-Luc Mélenchon. Le candidat de la France Insoumise a depuis quelques années opéré un « virage écolo » qui a pour effet de placer la protection de l’environnement au cœur de son programme. Parmi ses principales propositions sur le sujet, on peut y lire l’idée d’une règle verte qui aurait pour but de n’épuiser les ressources naturelles en les utilisant plus que de raison. Selon Greenpeace, Mélenchon est d’ailleurs le candidat possédant le programme le plus vert parmi tous les prétendants à l’Elysée. Plus généralement, la destruction de l’environnement constitue une des principales critiques adressées au système de production capitaliste par les candidats d’extrême gauche, notamment par Philippe Poutou et Nathalie Arthaud.

Mais elle est moins présente au centre et à droite…

Les propositions d’Emmanuel Macron en matière d’écologie sont beaucoup moins fournies sans être absentes du programme. Par exemple, il s’oppose à l’exploitation du gaz de schiste. De même, il souhaite réduire le poids du nucléaire. En revanche, la préservation de l’environnement semble s’être perdue en cours d’écriture des programmes des candidats de droite.

Que ce soit chez François Fillon qui souhaite redéfinir le principe de précaution, ou chez Marine Le Pen qui teinte son propos d’un évident climato-scepticisme, la graine écologiste n’a que peu germé dans le programme de ces deux candidats. 

Des puissances mondiales loin du consensus autour de la préservation de la planète.

Il n’a malheureusement fallu qu’un an pour que les accords signés lors de la COP 21 volent en éclat. La raison principale étant l’élection de Donald Trump. Résolument iconoclaste, ce dernier n’a pas attendu bien longtemps pour rompre avec la ligne écologique de Barack Obama. Il  est évident que le salut de la planète ne proviendra pas de celui qui déclarait en 2015 que le réchauffement climatique était un canular, puis que ce même réchauffement était souhaitable suite aux importantes chutes de neiges qu’a connu New York.

Aujourd’hui, la Chine s’est clairement positionnée comme un acteur de premier plan sur la question de la réduction des gaz à effets de serre. Avec plus d’un million de morts par an à cause de la pollution, le gouvernement chinois a en effet compris que son système économique n’était pas viable s’il continuait sur ce rythme effréné de production basé sur une utilisation excessive du charbon. En 2016, si l’augmentation des émissions de CO2 s’est stabilisée, c’est principalement grâce à une diminution des émissions chinoises. Bien-sûr, la Chine n’est pas encore un modèle, mais nous ne pouvons que saluer l’effort entrepris, qui est loin d’être généralisé à l’échelle mondiale.

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A défaut de lutter contre la pollution à Honk Kong, on cache les particules fines avec des photocalls. ©EPA

Devant cette situation, la France – de même que l’Europe dans son ensemble – a une carte à jouer. Le retrait des États-Unis de la lutte pour la préservation de l’environnement a en effet laissé une place dans laquelle la France peut, ou plutôt doit s’immiscer. Si des politiques de transition énergétique vers des énergies renouvelables sont menées, la France pourra dans quelques années s’ériger en exemple dans ce domaine.

Transition énergétique et souveraineté

Par ailleurs,  au-delà des conséquences bienvenues pour la préservation de l’écosystème, la transition énergétique relève d’un enjeu de souveraineté. Les ressources naturelles sont effectivement les seules présentes en abondance sur le territoire, là où l’uranium des centrales nucléaires provient d’importations. La France possède de multiples potentialités en matière d’éolien, de solaire, ou encore en ce qui concerne l’énergie marémotrice. Autant de potentialités encore insuffisamment exploitées aujourd’hui.

Amorcer la transition énergétique relève donc au moins d’un double enjeu que tout candidat devrait prendre en considération. Bien que ces idées ne cessent de se diffuser dans les programmes des candidats à l’élection présidentielle, le chemin demeure encore long avant que chacun ait pris conscience de l’importance d’un tel sujet. Pourquoi ne pas choisir une bonne direction dès maintenant ?