France : La Réunion en proie à la crise des requins !

L’île de la Réunion, surnommée « l’île intense », porte malheureusement bien son nom depuis 2011. Sujette à une série d’attaques de requins, impliquant deux espèces quasi menacées selon l’UICN ; le requin tigre et le requin bouledogue, l’île est en effet victime d’une crise sans précédent.

Une situation peu inédite : Un problème qui prend ses sources en 2011


Cette situation débute en février 2011 lorsqu’un touriste est attaqué dans l’ouest de l’île alors qu’il surfe. Cette attaque en elle-même ne signifiait rien, car l’île a toujours été sujette à des attaques de squales (26 attaques entre 1990 et 2011). C’est la recrudescence des accidents qui révélera à la population la présence d’un réel problème dans ses eaux.

Depuis lors, 19 attaques ont eu lieu, dont 8 mortelles, la dernière remontant au 21 février dernier.
 La situation crée de nombreuses tensions au sein du département ; certains prônent une politique de « prélèvements » des requins de la zone alors que d’autres considèrent que c’est à l’Homme de s’adapter, la mer n’étant pas son environnement naturel.

Il faut également souligner que la plupart des attaques ont eu lieu à cause de l’inconscience des victimes, lesquelles étaient presque toutes au courant du danger, voire de l’interdiction d’aller dans l’eau au mépris même des avertissements des Maîtres Nageurs Sauveteurs et des gens sur place. 
Et pourtant, ce ne sont jamais eux qui sont incriminés.

La conservation de la Nature, obstacle à la sécurité ?

Le bouc émissaire de ceux que l’on appellera les “pro-pêche”, c’est la Réserve Marine.

Face à la pauvreté et à la dégradation du récif corallien réunionnais, fut créée en 2007 une Réserve Naturelle Marine s’étendant sur 40 km de côtes (pour 35 km²) et dont certaines zones sont interdites à la pêche, afin de permettre à l’écosystème de se refaire une santé.

Des photos de la Réserve Marine. Un espace de protection et de recherche ©ReserveMarine2017


Or, dès le début des attaques, la Réserve est sous le feu des critiques : on l’accuse d’être un garde-manger pour les requins bouledogues et tigres, qui n’auraient plus besoin d’aller chasser au large.

Pourtant, en 2009, un tiers des espèces de la Réserve (poissons, coraux, etc) était considéré comme menacé. 
Et bien que le littoral réunionnais soit considéré comme l’un des plus riches au monde, un paysage désertique s’offre à nos yeux en nageant dans ces eaux.
 Certes, ces requins nagent dans la Réserve, ce qui n’est pas la cause de la crise, mais bien l’une des solutions.

De plus, les “pro-pêche” invoquent l’argument de la pêche traditionnelle, argument selon lequel la pêche des squales a toujours été pratiquée à la Réunion, et que l’interdiction de consommation en 1999 ainsi que l’inauguration de la Réserve ont réduit à néant cette pratique, qui régulait la population des bouledogues.

Là où ces personnes se trompent, c’est que l’Homme ne pêchait pas des bouledogues mais des requins de récifs, plutôt inoffensifs pour l’Homme car beaucoup moins agressifs. Mère Nature faisant bien les choses, les requins bouledogues viennent dans des eaux à faible salinité et sur les littoraux pour mettre bas, où ces requins de récif (pointes noires, pointes blanches) régulaient naturellement la population des bouledogues juvéniles.
 Mais désormais, les requins de récif étant décimés, la population de bouledogues voit s’ouvrir un « boulevard » vers les littoraux réunionnais. Si l’on ajoute le fait que les navires de pêche ratissent au large, il est normal de voir se concentrer sur la côte une population que l’on prive de ressources au large, et dont on a supprimé le prédateur naturel.

Deux programmes, l’un scientifique, l’autre démagogique

En Janvier 2012, le programme CHARC est lancé. Financé par l’État, la Région et l’Europe, il « a pour but d’établir un état initial des connaissances sur l’écologie et de l’habitat des deux espèces de requins côtiers sur la côte Ouest de La Réunion : le requin tigre (Galeacerdo cuvier) et le requin bouledogue (Carcharhinus leucas). »

Plus d’informations sur la portée du rapport et de ses objectifs.

Le rapport final du programme est rendu en mai 2015, concluant que le requin bouledogue n’est pas inféodé aux eaux réunionnaises, qu’il peut quitter ce territoire pour le milieu pélagique océanique. Il détermine aussi les périodes propices à la présence de bouledogues sur certaines zones littorales, permettant d’établir un espace protégé pour les usagers de la mer.
 Cependant, ce programme n’a en rien limité les attaques, et la frange de la population favorable à une pêche « préventive », gronde.

En Janvier 2014, c’est un autre programme qui voit le jour : CAPREQUINS. 
Le projet, qui prévoit l’expérimentation de plusieurs techniques de pêche (Drumlines, palangres), entre en phase opérationnelle le 14 janvier.

Exemple de palangre
Drumline utilisé à la Réunion

Jusqu’à la visite de George Pau Langevin, Ministre des Outre-mer en avril 2015, l’État consacrait 650 000 euros par an à ces dispositifs de prélèvements CAPREQUINS. Lors de sa visite, Madame la Ministre a augmenté le montant à un million d’euros par an, jusqu’en 2020.
 Dans un département où 24,6% de la population est au chômage, où 52,4 % des moins de 25 ans sont sans emploi, ces millions d’euros ne pouvaient-ils pas être investis pour résoudre de véritables problèmes ?

Des dispositifs coûteux et problématiques pour le sport aquatique

Le problème de ces dispositifs est leur placement au large des spots de surf. 
Lorsque vous placez un appât, vous pouvez attraper un requin, certes, mais combien ont été attirés et restent nager dans la zone ? Le jeune Élio Canestri, malheureusement décédé pour avoir pratiqué sa passion dans un lieu interdit, et ses amis qui l’y ont entraîné ont leur part de responsabilité dans l’affaire, mais les véritables responsables ne sont ni les requins ni les associations les protégeant, mais bien les gens qui ont travaillé à l’élaboration de ce programme ! Qu’attendaient-il en plaçant des appâts près des spots de surf et sites de baignade ?

Une inconscience meurtrière

La communauté du surf réunionnais et d’autres collectifs et particuliers accusent la Réserve marine et les associations de protection de meurtre, les jugeant responsables de la préservation des squales, et par là même, de leur « prolifération . Or, aucune étude n’a jamais prouvé cette soit-disant prolifération, et l’espèce est classée quasi-menacée par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature). Qui plus est, les pro-pêche réfutent le terme de “massacre”, pourtant utilisé par le célèbre surfeur Kelly Slatter, lui préférant celui de « prélèvement » ou de « régulation », bien qu’il se soit excusé par la suite.

Mais lorsqu’on sait qu’entre 100 et 200 millions de requins sont tués chaque année, soit plus de 274 000 par jour, plus de 11 400 par heure, plus de 190 par minute, plus de 3 par seconde, comment peut-on prôner la mort d’animaux ne faisant que vivre dans leur milieu, pour un simple loisir, sans que cela soit considéré comme un massacre ? 
En vingt ans, jusqu’à 50% de la population mondiale des requins a été tuée, certaines espèces jusqu’à 90%, il est impossible de vouloir faire croire à une surpopulation.
Mais tout ceci est réfuté dans des posts Facebook diffamatoires à l’orthographe douteuse, à grands coups de théories du complot et d’extrapolations assumées, tel squ’on peut le constater sur des pages comme « Océan Prévention Réunion », « Médias requins », « Rend a nou la mer, rend a nou la Réunion », etc. Cette même communauté qui utilise sans vergogne l’image et le nom des disparus dans leurs campagnes, au détriment parfois de la volonté du défunt ou de sa famille.

Dès lors, peut-on réellement accuser les protecteurs de la nature de meurtre ou doit-on plutôt, au vu des éléments, retourner cette accusation vers les acteurs des massacres de squales ?
 Car dans le fond, au-delà des menaces de mort et autres cocktails Molotov que la communauté scientifique, la Réserve Marine et les citoyens conscients peuvent se voir notifier, ne seraient-ce pas l’État, la Région et les communes de St-Paul, St-André 
et de St-Leu que l’on pourrait accuser ? 
En aggravant la situation, en ne faisant pas respecter les arrêtés et autres interdictions, en proférant des menaces et en criant au complot, en ne régulant pas les eaux usées qui finissent en pleine mer et qui attirent les requins, ces acteurs sont coupables du climat de tension à la Réunion aussi bien des attaques de squales.