Assad ou un pays à feu et à sang ? Le dilemme de la guerre

“À la guerre, la ruse mérite des éloges.” (Nicolas Machiavel)


Après 7000 ans d’existence, la Syrie connaît la plus grande crise de son histoire !

Suite à la révolution de 2011, le pays fût profondément dénaturé. Paix se voit remplacer par guerre, prospérité par pauvreté et sécurité par terrorisme. Le pays est aujourd’hui en feu, ravagé par flammes et malheurs au point où la conscience humaine a du mal à suivre.

“Pourquoi toute cette propagande sur la Syrie?

On entend souvent dire que la Syrie survivra comme elle l’a toujours fait durant les précédents conflits. Certainement, mais est-ce que la crise actuelle est semblable à celles qui ont précédées?

Les raisonnements les plus récurrents sont ceux qui affirment qu’il vaut mieux Bashar que les salafistes, la dictature de Bashar que les “terroristes” ou même que, mieux vaudrait ce régime autoritaire bafouant tous les droits qu’une dictature religieuse et rétrograde.

Intervention à Damas en 2014 ©AFP

A ce stade, on pourrait retenir deux choses essentielles:

  • D’une part, ces extrémistes ne représentent en aucune manière le message réel transmis par la religion musulmane. Cette dernière, et comme toute autre religion, nous invite à poser comme fondement essentiel l’amour, la paix ainsi que la bienfaisance.
  • D’autre part, ces groupes armés extrémistes appliquent des fondements rétrogrades et oppressifs.

Ceci dit, ne faut-il pas se poser la question fondamentale de savoir si le Peuple Syrien accepterait d’être gouverné par ce type de groupements armés ? Avec tout ce que ces extrémistes nous ont démontré, avec tout ce qu’on a pu déduire de leurs idéologies, leurs caprices et leurs principes ? La réponse est non selon moi, puisque tout simplement ce peuple ne s’est pas révolté contre une tyrannie qui a durée plus de 40 ans, pour en avoir une autre encore plus oppressive!

En principe quand un régime autoritaire chute à l’issue d’une révolution populaire, le Peuple se retrouve devant plus de liberté, plus de droits et plus de démocratie de manière générale. Ce qui conduit souvent à des élections législatives dans le respect des règles du jeu politique et démocratique, matérialisant la volonté populaire et définissant ainsi le destin du peuple syrien.

Ce Peuple adhérera-t-il a ces groupes extrémistes ? Logiquement, non.

Etes-vous toujours, donc, pour le slogan selon lequel: “Mieux vaut Bashar que les extrémistes”?

Oui à la liberté, à la dignité et à l’égalité !

La révolution syrienne, s’inscrivant par ailleurs dans un contexte révolutionnaire arabe, est arrivée pour dire non à la tyrannie, à la corruption, à la discrimination confessionnelle -dans un pays qui dispose d’un patchwork religieux assez riche- et non aux manœuvres frauduleuses de toutes sortes au sein de la société.

… Mais oui à la liberté, à la dignité et à l’égalité! Tout ceci aurait été possible dans la paix à travers de sérieuses réformes politiques et sociales. Le président syrien l’a même reconnu  lui-même à maintes reprises.

Le régime, guidé fermement par les forces de sécurité, est conscient que d’une part, les réformes réelles entraîneront nécessairement la chute du système mis en place et d’autre part, il serait dans l’incapacité totale d’interdire les manifestations pacifiques.

La solution était donc de militariser la révolution afin que cela soit plus simple de légaliser la répression d’une rébellion armée contre l’Etat: une chose qui est légitime du point de vue du droit international. Les efforts du régime allaient dans ce sens et celui-ci a bien réussi à atteindre son but en commençant par donner des armes à ses sympathisants (surtout aux Alaouites) mais aussi aux minorités en leur conseillant de se protéger en s’armant, du fait que les dissidents soient après eux, Bashar étant alors le seul en capacité de les protéger.

Une manipulation populaire de maître dont les conséquences nous sont aujourd’hui imposées.

Ensuite, le régime devait relever un autre défi qui est celui de l’islamisation de la révolution, poussant même certains à se demander s’il n’était pas derrière la création de ces fractions  armées extrémistes.

Le défi fut relevé et le choix reste donc à faire: Assad ou les extrémistes-odieux.

La première réponse est généralement en faveur d’Assad mais en y réfléchissant plus sérieusement, on se rend compte que le régime actuel est un danger permanent dont il faut se débarrasser. En revanche, le danger extrémiste est lui, passager. En effet, la preuve même est que l’armée libre a déjà commencé à les acculer et que, grâce à la fibre nationaliste qui anime encore une majorité de citoyens syriens, il serait difficile voire impossible qu’ils gouvernent la région.

Enfin, le régime politique syrien se dit Républicain mais s’agit-il réellement d’une République ? Si la réponse est positive, il faudrait se demander à ce moment-là si cette dernière est de nature démocratique ou plutôt aristocratique. Ou même si le sens du mot “République” de nos jours n’a pas totalement dérivé de son sens générique ?

Un tournant géopolitique où intérêts personnels sont corollaires à des intérêts nationaux et populaires !

Nous vivons dans un monde soumis à un jeu géopolitique où les intérêts priment sur tout le reste. Un monde bipolaire où les grandes puissances défendent jour après jour l’idée que, au nom d’une dite démocratie, nous avons deux choix: se taire en respectant les régimes qui nous sont imposés et qui répondent surtout aux intérêts communs, ou voire nos pays sens dessus sens dessous, transformant ces derniers en terrain de guerre.

En plus de la Russie, la Chine utilise son droit de veto pour contrer les pressions qui s’exercent sur le régime syrien. Ne s’agit-il pas d’un intérêt géopolitique ? Quel est l’intérêt de la Chine à poser son veto de manière régulière en faveur d’Assad ? Serait-ce par amour du peuple syrien ou plus par motivation personnelle et pour appuyer sa présence sur la scène politique internationale?

Aujourd’hui, tout le chaos qui prospère en Syrie est le résultat de l’ingérence des Etats-Unis dans la région et des séquelles de la période de la guerre du Golf qui se perpétuent.

Par ailleurs, les pays du Golf, sont aussi acteurs et responsables de ce qui se passe actuellement au Moyen-Orient, et ce, à travers leurs financement des groupes armés. On blâme généralement ce qui est étranger, mais il est ici essentiel de souligner la “pourriture interne”.

Le slogan des forces de sécurité du régime était clair dès le début des évènements et explique nettement que la Syrie actuelle a deux solutions distinctes: “Soit Assad, soit on enflamme le pays” et c’est là que tout commence. Dès le moment où peuple se révolte contre son souverain, il faut faire de sa vie un enfer jusqu’au moment où celui-ci, regarde avec nostalgie la dictature et maudit la révolution.

Une révolution violée en somme…