Sommes-nous en démocratie ?6 min read

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Les français ne cessent de se plaindre de la situation politique actuelle et plus particulièrement du personnel politique qui l’incarne. Mais veulent-ils réellement changer les choses ? On remarque chez ce peuple une réelle lassitude face à une situation qui lui échappe. Ce sentiment n’est plus accompagné de la combativité dont le peuple français a longtemps fait preuve. Ils subissent la situation, la critiquent, mais ne la rejettent pas.

Le monde politique actuel est incarné par des scandales politiques qui s’enchaînent, révélés par différents médias tels que le Canard enchaîné ou Médiapart. Il serait impossible de tous les nommer tant ils sont nombreux ces dix dernières années. Cependant, il est notable de remarquer que tous les acteurs de ces scandales politiques restent malgré les polémiques. Mais pourquoi ?

Le terme démocratie ne signifie-il pas « le pouvoir du peuple »? Abraham Lincoln ne disait-il pas que la démocratie est le régime du peuple, par le peuple et pour le peuple. Mais si le peuple a le pouvoir alors le personnel politique n’en est que le simple représentant. Ces acteurs de la vie politique sont donc au service du peuple. Par conséquent si le peuple est lassé de tous les scandales de la classe politique, ses membres devraient partir. Mais alors pourquoi restent-ils ?

Sommes-nous des êtres obéissant, soumis aux pouvoir en place ?

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Le peuple donnerait-il son consentement implicite à ce théâtre politique ? Les français sont-ils réellement favorable à leurs représentants? Ou peut-être que la France n’est juste pas le régime démocratique qu’elle s’échine à incarner !

La réponse ne se trouve sans doute pas dans ces interrogations bien trop vastes pour qu’on puisse y répondre par une simple affirmation.

La servitude volontaire des français

Il est étonnant de remarquer de nombreuses similitudes entre la situation actuelle et la situation dépeinte par Etienne de La Boétie.

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A travers son ouvrage, De la servitude volontaire, il porte une critique virulente de la monarchie, où il s’interroge : l’homme s’asservit il volontairement? L’auteur dépeint une société où le monopole du pouvoir est détenu par un homme coupé du peuple. Aujourd’hui ce monopole est conservé par plusieurs mais qui sont tout aussi coupés du peuple.

Durant la période monarchique le souverain était éloigné du peuple étant donné qu’il était nommé et non élu. Il ne détenait pas son pouvoir de la population mais de Dieu. Aujourd’hui cette coupure entre le personnel politique et les citoyens est d’autant plus perturbante car ces acteurs du jeu politique détiennent le pouvoir grâce à une élection. Cette similitude entre le XVIème siècle et la période actuelle ne s’arrête pas là. La Boétie dépeint des hommes qui se soumettent volontairement à un seul homme. Après tout ce n’est qu’un homme si le peuple voulait le renverser il le pourrait, il l’a prouvé durant la Révolution Française où le régime monarchique a été mis à mal.

Aujourd’hui les hommes ne se soumettent-ils pas volontairement à ces personnes qui ne cessent de les décevoir? Les français, malgré tous les scandales, malgré toutes les preuves que ce personnel politique n’a que faire de leurs problèmes continuent à aller voter. Ils continuent à regarder les débats politiques, ils continuent à se disputer pour leur candidat. Certes ils continuent sans la même fougue d’antan mais ils persistent.

Les français votent pour un candidat tout en sachant qu’il ne tiendra pas ses promesses, qu’ils seront déçus. Les Français ne cessent de s’insurger timidement devant leurs télés ou à travers les réseaux sociaux en clamant : « tous les mêmes, tous des pourris ».

Cependant malgré ce ras le bol général qui incite les uns à ne pas aller voter, les autres à aller voter pour Marine Le Pen ou Jean Luc Méléchon, les plus grands candidats dits « anti-système » qui participent à la dégradation du politique tout autant que les autres, les français ne remettent pas en question l’ordre établi. Comme si être gouverné par une classe politique qui leur riait au nez en permanence était normal.

Mais sommes-nous encore en démocratie dans des conditions pareilles ? Quand les représentants politiques censés être l’incarnation de la volonté générale ne représentent qu’eux même ?

Ces personnages dignes d’une pièce de Molière ne cessent d’escroquer la population mais les français eux restent. Certes, pour se persuader que nous avons un certain pouvoir décisionnel nous changeons de candidat, de partis en fonction de notre déception. Mais au final le résultat est le même : nous votons pour le moins pire en sachant que nous seront déçu. Mais pourquoi cette persistance ? Parce que nous pensons être les seuls autant lassés par cette situation ? Parce que nous pensons que si nous nous insurgeons, personne ne suivra ? Ou parce que nous n’avons pas le temps, les moyens de nous impliquer pour changer les choses ? Mais combien de temps allons-nous persister dans cette voix ?

Une absence d’idées et de choix.

La période de campagne présidentielle a montré encore une fois que les français n’ont pas le choix. Ce paradoxe est illustré par la monopolisation des scandales politiques au profit des idées. A trois semaines des élections, les français ne connaissent pas le programme de celui qui aura la mission de les représenter durant cinq ans. En démocratie indirecte le peuple (une partie du moins) ne donne son avis approximativement que tous les cinq ans. Car aujourd’hui les élections considérées comme les plus importantes sont les élections législatives et présidentielles. On remarque donc que le seul moment où la France est une réelle démocratie c’est le moment même où le peuple est dépossédé de son pouvoir décisionnel au profit de femmes (un peu) et d’hommes (surtout). Et les français découvrent souvent pour qui ils ont voté après l’élection étant donné l’absence d’idées exposées. En attendant le vote sanction de l’élection d’après, le cycle se répétant encore.

Si, donc, l’on reprend l’étymologie du terme, nous ne sommes plus en démocratie. Le peuple, finalement, n’a que le pouvoir de se déposséder du sien.