Syrie : Perdre son humanité en quelques notifications.

C’est un fait, maintenant la Syrie se résume à quelques notifications hebdomadaires ou même quotidiennes quand les bombes sont grosses. On regarde, juste par curiosité, on est devenu des machines, des robots, des êtres froids et inopérants.

Notre inconscience involontaire

Le problème est que consciemment nous ne voulons pas être ainsi, nous sommes révoltés, indignés et cela nous donne envie de vomir plus qu’autre chose. Mais inconsciemment, le processus est vicieux. Nous écoutons les paroles des autres, des médias, des informations, des hommes et femmes politiques, des éditorialistes, des journalistes, des experts, des discussions de comptoir.

Nous écoutons les différentes voies qui s’offrent à nous ainsi que les mots qui sortent des écrans LCD mais nous n’entendons pas les voix et les maux de ces enfants, ces femmes, ces hommes qui crèvent sous les bombes à fragmentation, qui meurent sous les armes biochimiques, qui perdent la vie sous les balles et pour aucune raison, strictement aucune, si ce n’est celle de se trouver au mauvais moment au mauvais endroit.

Oui, comme dans les films, au mauvais endroit au mauvais moment. C’est dommage, hein ? Mais qu’est-ce que ça peut faire ? Qu’est-ce que ça induit ? Rien. Demain, vous vous lèverez une nouvelle fois pour nourrir mère-patrie de votre force de travail et mère-média vous nourrira et vous abreuvera de la violence, du sang et de l’inhumanité mondiale, avec des notifications et un petit son pour éveiller votre curiosité. Comme tous les jours, entre deux bouchés et quelques gorgées, sacrée pause-repas.

Sommes nous des êtres limités ?

Voilà à quoi nous sommes limités, à quoi nous sommes restreints, à quoi nous sommes asservis alors qu’au plus profond de nous, ce n’est pas du tout ce que nous voulons. Nous voulons une justice parce que nous avons soif d’équité. Nous avons envie d’humanité parce que nous aimons profondément. Nous sommes des êtres humains, putain. Il faut le dire en quel langue ou il faut vous le démontrer comment ?

En quoi avoir un smartphone greffer à nos mains durant quatre heures hebdomadaires fait de nous des êtres humains ? Le progrès technologique fait-il avancer le consensus diplomatique pour sauver la Syrie ? On nous a juré que le progrès serait le meilleur moyen de faire avancer l’humanité, de la rendre plus efficace et plus durable. Tu parles ! On est encore plus assoiffé par les potentialités personnelles et l’enrichissement que l’on peut en tirer.

On est des sales gosses, pire que ces enfants syriens qui se font sectionner en deux quand un immeuble s’écroule sous une bombe. On est tous des gamins et le pire c’est que l’on accepte cela, qu’on admet le monopole de la violence légitime pour ne pas se lever et venir en aide à ces êtres humains qui meurent chez eux et sont rejetés chez nous.

Il n’y a pas de migrants, le mot devrait être banni

Il n’y a pas de migrants, ce mot devrait être banni, comme tous les mots qui catégorisent, divisent, classent, segmentent et détruisent l’être humain. Nous sommes un et indivisible même si nous sommes des milliards. Il n’y a pas que la République qui peut s’arroger ce fait.

Alors oui, pas la même culture, pas la même religion, pas la même cuisine et pas la même éducation, mais pourtant tout le monde a le même cœur, les mêmes poumons et le même rectum, sans parler du cerveau. Nous sommes une honte parce que nous nous déshumanisons, moi le premier, à travers notre asservissement à la technologie, aux notifications et à la banalisation de la violence et de la torture.

Peut-être faudrait-il être des millions à prendre des avions-cargos et à venir aider ces pauvres hommes, femmes, enfants. Peut-être faudrait-il être des millions pour reconstruire, relancer et remettre en piste tous les peuples et pays touchés par la guerre.

Mais tu vas me dire, ce n’est pas tes oignons. Je suis Français, moi. Oui, c’est vrai. Et y’a 12,000 putains d’années, il n’y avait pas un seul putain d’état-nation, et les premiers hommes se faisaient des mammouths le midi. Homme des cavernes peut-être, mais quand un frère ou une sœur était dans la malchance, il y avait un éveil solidaire.

C’est quoi, le progrès ?

La technologie, les états-nations, l’occidental, l’oriental, c’est ça le progrès ? C’est réellement ça ? Se diviser et cracher sur l’autre qui fuit la guerre ? Mais tu crois quoi ? Tu crois qu’il vient te voler ton travail ? Tu ferais quoi si tu te faisais bombarder tous les jours et que tu te prenais des gaz chimiques dans ton sommeil ? Tu resterais te défendre comme Marion Maréchal Le Pen ? Avec une mitraillette face à une aviation de chasse en coalition, des armes biochimiques ? Tu vis dans quel monde, sérieusement ?

En arrêtant le flot d’informations, en arrêtant les notifications, en arrêtant une bonne fois pour toute d’être un robot qui reçoit une information pour se gaver de sa dose de violence quotidienne, c’est en nous qu’on devrait trouver le courage d’être dans le silence et d’écouter ce qui résonne profondément, ce cœur, cette âme, cette passion, cette flamme qui se bat pour l’humain, depuis des dizaines de milliers d’années. Cette flamme qui fait que nous sommes-là aujourd’hui, tous autant que nous sommes.

Que faire ? Continuez à s’indigner ? Continuez à se lamenter ? Continuez à écouter les droitiers insulter les islamo-gauchos ? Entendre les gauchers insulter les fachos ?  Quand vous aurez compris, que le problème n’est pas d’être de gauche ou de droite, ni même du milieu mais tout simplement de faire preuve d’humanité, ce que nous sommes foncièrement depuis le jour de notre apparition, alors un petit pas sera fait vers un consensus diplomatique et un processus de paix.