Syrie: Libération ou extermination, en quoi est-ce différent ?

De libération à extermination, il n’y a en temps de guerre qu’un pas que certains nient; je crois pourtant que depuis six ans, il est quotidiennement franchi à Alep, en Syrie.

Quelle est donc la différence?

La question posée pendant toute la journée précédente était de savoir si on était en cas de libération populaire ou plus extermination de celle-ci. Elle ne faisait que revenir de manière récurrente partout, nécessairement chez les internautes actifs. La réponse nous semble évidente mais il faut dire qu’elle est fondamentalement confrontée à cet aspect pervers de la guerre.

En effet, plusieurs personnes dont la majorité est pro-Bachar ont soutenu d’une manière irrévocable que le régime d’Al-Assad ne faisait que reprendre ses terres afin de libérer la population prise en otage par les groupes rebelles. Ils soutiennent aussi que les dits rebelles se cachaient chez les civils rendant les choses encore plus difficiles pour l’armée de la libération.

Vraiment ?

Ceci me fait penser aux arguments avancés par l’armée Israélienne lors de ses crimes de guerre en Palestine. L’argument récurrent selon lequel les « méchants civils » fournissaient de l’aide aux rebelles et terroristes. Oui, ils les aident et se font tuer en retour à travers des exécutions publiques, des enlèvements orchestrés ou même au sein d’écoles et hôpitaux. Oui, ils sont complices et ce, même morts.

De plus, comment peut-on parler d’armée de libération au moment même où elle prend en otage sa propre population ?

Une population dont le seul crime était de ne pas avoir assez de moyens de sauver sa vie. Une population, qui en recherche de dignité et de droits se voit oppressée de toutes parts.

Une population qui fut violée de la manière la plus indigne qui puisse exister.

Une population dont le cri de cœur dépassait le cri de voix.

Une population dont on ne se rappelle que quelques jours par an. Alors que la guerre dure depuis aujourd’hui 6 ans.

Oui, 6 ans!

Sous le regard silencieux de tous. Ou du moins sous le silence intentionnel et voulu des grandes puissances dites « démocrates » puisque le désintérêt effectif allait nécessairement rapporter plus.  Que dis-je ? Finalement, les intérêts étaient bien présents. Des intérêts économiques et géopolitiques qui motivaient leur intérêt soudain à la région. La libération d’une population d’un dictateur, tout en maternant cette même population. Parce qu’évidemment, elle est incapable de se libérer toute seule. Elle n’en a pas la maturité requise de le faire par elle-même. En recherche constante du sauveur occidental. Un peu comme ce qui s’est passé en Irak ou même en Libye récemment. Ce qui nous rappelle l’aspect juridique international de la chose.

N’est-il pas illicite d’intervenir d’une manière abusive dans les affaires internes d’un Etat?

L’ingérence est bien sanctionnée en droit international. L’ingérence est une « action de s’immiscer, de s’introduire indûment, sans en être requis ou en avoir le droit, dans les affaires des autres. Acte illicite synonyme d’intervention. » Le principe de non-ingérence découle de cette définition même, permettant à un Etat de garder sa souveraineté et effectivité sur un territoire donné. De permettre à une population de décider par elle-même le sort de son pays, selon le principe des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Le principe de souveraineté est intimement corrélé au principe de non-ingérence, puisque protecteurs l’un de l’autre. La Charte des Nations Unies à l’article 2, § 4, dispose que:

« [l] les Membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies ». 

C’est-à-dire que la contrainte militaire est totalement interdite. Et puisque le principe se voit toujours frappé d’exceptions, la contrainte militaire se voit admise si intervention militaire consentie ou que l’intervention militaire soit autorisée par le Conseil de sécurité dans le cadre du chapitre VII de la Charte des Nations Unies.

C’est à ce moment-là où toutes les ingérences possibles se voient autorisées, admises et consenties. Le conseil de Sécurité a des membres permanents qui sont, sans surprise, les Etats-Unis d’Amérique, le Royaume-Uni, la Fédération de Russie, la République Française et enfin la République populaire de Chine. Des pays dont les intérêts économiques et personnels priment sur tout. Des pays qui subventionnent par eux-mêmes l’Organisation des Nations Unies qui se doit d’être impartial, mettant tous les Etats membres sur un même piédestal.

Sans même parler du droit de Veto, ceci n’entend-t-il pas des inégalités préconisées? Ceci ne permet-il pas d’une manière ou d’une autre des dépassements réels sans sanctions appuyées par la suite ?

La guerre de l’Irak en est la preuve vivante. L’ingérence des Etats-Unis en 2003 dans les affaires Irakiennes à visée humanitaire s’est vue réduite en cendres aujourd’hui. En effet, des éléments nouveaux ont fait leur apparition, mettant en avant des arguments fallacieux. Les Etats-Unis s’en sont-ils souciés ? Nullement pas. Preuve d’une agression réelle sous la couverture du sauveur du Monde.

La sécurité collective était en plein expansion ces dernières années, que ça soit avec le cas du Rwanda où la France s’emploie à contenir le génocide en cours avec la résolution de 929, ou dans le cas récent de la Lybie en 2011 avec la résolution 1973 où le Conseil de Sécurité a autorisé les bombardements sur les positions du colonel Kadhafi. Les cas de figures sont nombreux de cette ingérence déguisée à des fins humanitaires alors qu’en réalité, les intérêts personnels sont les seuls à primer, quand bien même la couverture de façade puisse être à visée humanitaire et solidaire.

La Syrie s’est vue confrontée aux mêmes défis rencontrés précédemment en Irak, ou du moins sur quelques points prés. La Syrie s’est vue encerclée en tant qu’Etat à la fois par la dictature du Régime, conduisant à une révolution. Puis par des violences de groupements armés issus de cette même révolution (D’où ces rebelles se procuraient leurs armes ? Les uns par le régime qui cherchait à militariser la révolution afin d’avoir toute la légitimité possible à riposter, d’autres par les puissances dites démocrates qui avait l’intention « noble » de « libérer » la Syrie). Et enfin, par les coalitions internationales quelque soit leurs positions afin de contrer Daesh ou/et le régime d’Al-Assad.

La population Syrienne, ne demandant toujours qu’une vie digne, regarde avec une impuissance invraisemblable son pays mis à feu. Sans avoir la possibilité de tenir une partie de responsable. On ne peut trouver un seul responsable, puisque tout le monde l’est. Tout le monde est responsable de ce qui se passe aujourd’hui en Syrie. Tout le monde est responsable des morts par millions depuis le début de la guerre. La mort d’hommes, de femmes et d’enfants. La mort de civils. L’extermination d’une population qui tendait à mieux vivre. L’extermination réelle sous le regard approbateur et silence complice de tous.

Responsabilité commune mise sous silence!

On ne peut parler de solidarité et d’humanisme si on met nos intérêts personnels au cœur même de la libération d’une population. On parle depuis le début des attentats terroristes et des atrocités de Daesh. Mais excusez-moi, vos atrocités à vous, en tant qu’Etats Souverains au sein de la région du Moyen-Orient ne comptent-ils pas ? Vos atrocités directes ou indirectes conduisant à une instabilité sans pareille ? Vos atrocités résultantes d’une politique étrangère bien prédéfinie ?

Tout le monde est responsable. Nous sommes responsables que nous le voulions ou non.

Quand des femmes se voient transformées en esclaves sexuelles sous Daesh, d’autres se voient violées sexuellement, physiquement et moralement de manière continue par l’armée d’Al-Assad, au point même où des femmes préfèrent se suicider que d’être à la merci de ce genre de pourritures.

Quand des enfants se voient militarisés et tués sous Daesh, d’autres se voient obligés de prendre les armes sous peine de sanction de mort par enrôlement obligatoire ou par obligation faite à travers les groupements armés subventionnés par les Etats membres du Conseil de Sécurité.

Quand des personnes humaines sont égorgées sous Daesh, d’autres se voient tuées dans leur sommeil par des bombes leur souhaitant un adieu en bonne et due forme.

Les parties sont différentes mais les résultantes sont les mêmes : que des atrocités dans leur aspect le plus morbide.

Bonne fin de journée à l’heure où des personnes tout comme nous vivent leurs dernières heures !