Trump au pouvoir : Et si Le Pen était la solution ?

Démocratie“, le mot est sur toutes les lèvres. Alors que Donald Trump a fait son entrée à la Maison Blanche cette semaine, certains tremblent à l’idée de voir en France, Marine Le Pen conquérir le pouvoir.

Il y a comme une odeur de brûlé et le besoin évident de changer d’air. Oui, de changer d’air, de lutter contre les soubresauts de l’élitisme pour enfin éteindre la flamme qui provoque la fumée, celle d’une reproduction sociale et d’une oligarchie arrivée démocratiquement, gentiment au pouvoir.

Un régime malade et un peuple qui suffoque… 

Notre régime est malade, le peuple suffoque, étouffé par les discours vides de sens, abusé par l’incohérence idéologique des uns, dérangé par les mensonges des autres.

Trump est au pouvoir, il a été élu, que grand bien lui fasse !

Il fera des papouilles à Poutine, abandonnera l’idée d’une Guerre Froide-bis où les camps de l’Ouest et de l’Est continueraient de s’opposer. Il détournera le regard de la Chine, préfèrera faire ami-ami avec les anciens ennemis. C’est ainsi, sans doute, que se formera la nouvelle alliance Américano-russe.

Il nous faut un capitaine : la droite est à bout de souffle

Mais dans cette configuration, quelle place pour l’Europe ? Quelle place pour la France ? Et surtout, dans ces crises qui s’annoncent, quel capitaine à bord ? 

A droite, pas de propositions convaincantes, simplement le besoin pour certains d’écrire sur des centaines et des centaines de pages un programme qu’ils ne réaliseront pas, sans vision de long terme, sans conception réelle de la France.

Alain Juppé veut redresser les comptes publics, on n’élit pas un Président alors ? On élit un gestionnaire.

Bruno Le Maire veut privilégier les entreprises sur les familles, relancer l’économie en réduisant des dépenses qu’il juge inutiles dans l’éducation, dans la culture. On refuse les casseurs dans les manifestations, à quoi bon leur ouvrir les portes de l’Elysée ?

Nicolas Sarkozy patauge, tout comme le reste du marasme politique avec lui, ces Fillon ou ces Copé.

Et l’intérêt général dans tout ça ? Le sens du mot “France” aujourd’hui comme pour demain, on en fait quoi ?

Il nous faut un capitaine : la gauche a perdu ses repères idéologiques

Il y en a un qui a défendu la France pendant ces cinq ans, François Hollande ! Dur comme un roc lors des attentats, déterminé à l’international pour défendre notre conception du monde. Il y a sans doute eu ici et là des arrières-pensées économiques, mais qui pourrait le blâmer ? Personne. Qui aurait pu-mieux faire ?

Sur le reste, néanmoins, le peuple ne se sent plus représenté. Les citoyens n’ont que faire de ces sagas interminables : celle du coiffeur, des balades amoureuses en scooter ou encore des guerres de pouvoirs inhérentes à la gauche…

Sur le plan économique, le paroxysme de la bêtise libérale a tout de même été atteint : On a financé les réductions pour les entreprises du pacte de responsabilité sur des bugets comme celui de la santé…

Le pouvoir en place est allé retirer des lits dans les hôpitaux pour servir du caviar aux grandes firmes sans qu’aucune contrepartie ne soit consentie pour les plus pauvres.

On est donc face à un paradoxe important où la gauche produit un contenu idéologique important, novateur et particulièrement attrayant en étant incapable de gouverner et où la droite à bout de souffle politiquement paraît être un bon gestionnaire.

Un peuple pris en otage : Marine Le Pen 2017 ?

Mais le peuple n’a plus sa place, le jeu politique est pris en otage.

Au final, l’électorat qui vote, celui qui est majoritairement composé des employés et des ouvriers semble perdu. L’impression que la décision n’est plus entre ses mains se fait sentir.

Dans ce marasme, la candidature de Marine Le Pen peut apparaître comme une solution. Comme les Américains, l’enjeu de 2017 pourrait être de donner un grand coup de pied dans une machine qui fonctionne difficilement. Marine Le Pen 2017, ça serait donc un moyen de soigner par le mal.

A vrai dire, elle se situe dans le même créneau politique que le leader républicain outre-Atlantique à ceci près qu’elle défend une vraie conception de la France avec une idéologie de fond particulièrement intéressante.

Là où l’on critique l’inconsistance idéologique de Trump, Marine Le Pen s’est forgée une carapace politique avec un arsenal identitaire impressionnant.

Le paradoxe Le Pen, le paradoxe de tous les populismes

Mais il y a bien ici aussi un paradoxe :

  • Trump est un héritier. S’il ne doit pas sa couleur de peau à ses parents (on sait d’où ça vient), il leur doit sa fortune.
  • Marine Le Pen est une héritière. Elle doit sa réussite politique à son père dans un parti où elle a été élue très majoritairement sur son nom.

L’héritage est mal perçu dans nos deux pays qui ont connu des révolutions. Nous avons deux Nations qui se sont construites contre le droit du sang et pour la méritorcratie.

Pourtant, ces deux héritiers, issus du système qu’ils combattent disposent d’une popularité importante.

Alors que l’électeur rationnel aurait visé des personnalités issues de la société civile, des citoyens comme lui, il s’attache à une solution de facilité vendue allègrement par les médias.

N’est-ce pas la plus belle bêtise qu’on puisse lui vendre ? C’est Donald Trump, l’homme qui a délocalisé partout dans le monde et fait du bénéfice sur les classes ouvrières américaines qui se retrouve à la tête du pays. C’est Marine Le Pen, l’héritière de plusieurs millions d’euros qui n’a jamais habité hors de Saint-Cloud qui va représenter les ouvriers de France.

Depuis plus de 150 ans, le populisme et l’admiration pour ces puissants qui épousent la cause des plus faibles à des fins politiques est un passage électoral obligé.

En Russie par exemple, le populisme a accouché de la Révolution de 1917, celle qui fut dirigée par Trotski, Kamenev et Lénine, tous trois issus des milieux favorisés de la Russie du siècle dernier.

Et cette idéologique politique est aujourd’hui très présente en Europe. Il s’agit du parti Jobbik en Hongrie, Droit et justice en Pologne, Liberté et solidarité en Slovaquie. En Allemagne, il est représenté par l’Alternative pour l’Allemagne.

Le populisme épouse de nombreux contours, prend différentes positions : il est tantôt en guerre contre l’austérité, tantôt contre les élites… Mais ce qui le réunit aussi c’est l’exercice du pouvoir.

En Italie, Berlusconi a surfé sur la faille pendant plus de 9 ans, on sait son bilan. En Grèce, Syriza que tout le monde applaudissait des deux mains a fini par courber l’échine face à l’Europe de l’austérité.

Dans l’histoire, il y a des populismes qui ont permis une lutte contre la pauvreté et pour un certain regain de croissance : Peron en Argentine ou Chavez au Venezuala par exemple ont réalisé des réformes importantes. Bien que ces deux exemples soient critiquables, il existe donc des preuves réelles que l’exercice du pouvoir populiste peut s’avérer parfois positif. Mais là encore, on remarquera que ni Peron, ni Chavez ne sont issus de classes sociales favorisées.

En définitive, il convient de s’interroger sur le caractère inéluctable d’une Présidente FN en 2017 si un mouvement réellement populaire ne s’érige pas et ne créé pas de véritable dynamique avant 2017.

La seule réponse au “populisme”, c’est à dire de l’évocation des aspirations du peuple dans le discours politique, c’est que le “populus” (même racine) prenne le pouvoir directement.

La perspective du Front National continuera de demeurer une lame de Damoclès tant que nous n’aurons pas ériger de véritable alternative politique.

  • Ne vaut-il pas mieux élire Marine le Pen pour ensuite tirer un trait sur le populisme au moins pour quelques décennies ?
  • Ou peut-on légitimement croire qu’un mouvement citoyen puisse parvenir au pouvoir ? 

Réponse le 24 novembre prochain où nous parlerons de cette démocratie face à ses démons : ceux du populisme, ceux de l’élitisme mais aussi face à leurs conséquences (l’abstention, l’hyper-médiatisation).