Trump Président : Les dessous de l’élection américaine 20167 min read

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Winston Churchill écrivait après la Seconde Guerre Mondiale : « Les antifascistes d’aujourd’hui feront les fascistes de demain ».

Chose semblable : depuis l’annonce des résultats, des milliers de manifestants défilent sous le poncif « NotMyPresident » dans le centre des grandes villes pour manifester leur mécontentement quant à la victoire du candidat populiste Donald Trump. Ces pseudos tolérants donneurs de leçons manifestent contre l’élection du magnat de l’immobilier, pourtant tout ce qu’il y a de plus démocratique. Pourquoi ? Oui à la démocratie… mais uniquement si elle va dans leur sens. Selon eux, l’alternative n’existe pas, ils manichéisent le monde selon le Bien et le Mal.

Adeptes des postures moralisatrices, ils sont incapables de comprendre un vote et ses causes. La logorrhée qu’ils déversent est inaudible à l’aune d’un tournant historique dans l’histoire des USA. A l’instar des propositions hallucinantes d’un nouveau referendum qui avaient émergées après le Brexit et du non-respect total pour les résultats du référendum, les électeurs d’Hillary ne concèdent pas leur défaite, pire encore : ils la refusent.  Le XXIème siècle est le théâtre d’une nouvelle génération qui se refuse à accepter le vote souverain du peuple s’il va à l’encontre de ses convictions. C’est le symptôme d’une nouvelle ère : la démocratie à sens unique.

Le nécessaire respect du vote démocratique

Il n’est pas question de vanter Trump mais de comprendre ce vote et les possibles causes qui l’expliquent dans la droite lignée du journaliste Martin Kettle disait « It’s easy to hate Donald Trump but essential to learn from him » : C’est facile de détester Donald Trump, mais essentiel d’appendre de lui.

On entendait ces derniers jours les manifestants clamer « Les électeurs de Trump sont des fascistes et des racistes ! ». Qualifier ainsi l’ensemble d’un électorat qui n’a finalement eu pour tort que d’exercer son droit civique le plus fondamental est-il censé ? Allez expliquer aux ouvriers de la Rust Belt (Zones désindustrialisées du nord-est du pays) qu’ils pensent mal et qu’ils n’ont rien compris au monde. Ces gens qui – pour beaucoup – vivent en dessous du seuil de pauvreté. Ces gens qui, depuis la crise de 2009, ont subi la récession de plein fouet, ont perdu leur emploi et se sont parfois retrouvés en situation d’extrême précarité du jour au lendemain. Ces gens pour qui l’avenir est synonyme d’angoisse plutôt que d’espérance.

Incapables de voir que ces gens-là ont déjà tout perdu, les médias ainsi que la candidate démocrate ont attisé la colère de ces perdants de la mondialisation.

Qui ne comprend pas la réalité ? Ceux qui la subissent ou ceux qui la décrivent depuis leurs beaux bureaux, perchés dans les gratte-ciels de grandes métropoles ? Le mépris de classe n’a jamais été aussi grand que lors de cette élection.

La déontologie journalistique et politique mise au pilori

Dans une campagne qui a vu la propagande médiatique battre son plein, force est de constater que les électeurs n’ont pas suivi l’appel au vote des journalistes. Sur 200 médias américains, près de 194 appelaient à voter Clinton. Quid de l’impartialité journalistique ? Trump a certes prononcé des paroles déshonorantes mais Clinton a commis –par le passé- des actes d’une rare ignominie. A l’international, elle incarne l’impérialisme américain dans toute sa splendeur.

En 2003, elle était un fervent soutien de l’opération militaire en Irak qui s’est avérée désastreuse et a précipité toute la région dans le chaos. Sur la question iranienne, Obama, alors sénateur, reconnaissait que Clinton s’alignait sur les positions de Bush (elle a menacé de « rayer le pays de la carte »). Elle a jubilé à l’annonce de la mort de Kadhafi tandis qu’Obama a reconnu que cet épisode fut la « pire erreur de sa présidence ». L’ex-candidate à la présidentielle a, entre autres, soutenu le coup militaire de droite au Honduras qui a chassé le Président démocratiquement élu Manuel Zelaya en 2009.

Après avoir soutenu la quasi-totalité des interventions militaires américaines aux quatre coins du globe, il apparaît donc clairement que l’ex first lady n’était pas cette candidate idéale dépeinte par les médias, mais plutôt une belliqueuse politicienne.

De plus, la primaire des démocrates était tout sauf démocrate. Les emails de Wikileaks ont révélé que le parti n’était pas impartial et soutenait clairement Clinton (le parti a du présenter ses excuses au candidat socialiste Bernie Sanders). Cet épisode est inacceptable, dans la mesure où la direction d’un corps politique est sensée faire preuve l’impartialité, et être la garante du libre affrontement entre des candidats de sensibilité différente.

Il est évident que le choix qu’avaient à faire les citoyens était perdant-perdant. Entre un histrion inculte et grossier et une va-t’en guerre corrompue, le citoyen américain était perdant d’avance.  

Un coup de pied dans la fourmilière

La victoire du candidat républicaine incarne l’apparition d’un véritable espoir, malgré l’inefficacité perpétuelle dont font preuve les politiques de carrière, et la désinformation à grande échelle opérée par les médias américains. C’est un devoir d’aggiornamento qui attend l’élite politico-médiatique : L’abandon des postures moralisatrices et un affrontement avec la réalité sont les deux chemins à emprunter. Tourner en dérision le candidat républicain sans comprendre qu’il était le symbole même de ce que les gens voulaient entendre n’a fait que renforcer le vote anti système.

Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde son doigt. L’issue du scrutin témoigne d’un establishment à l’agonie totale qui observe, impuissant, l’avènement de la colère de toute une population. C’est la grande revanche de l’Amérique périphérique que cette élection a mis en exergue. Les travaux de Christophe Guilluy sont – à cet égard – essentiels pour mettre en évidence le délaissement qu’ont subi les classes moyennes ces dernières années.

Ces laissés pour compte à qui on ne donne jamais la parole et qui ont vu en Bernie Sanders et en Donald Trump des porte-étendards de leur cause. Ils ont en commun la dénonciation des dérives et des dégâts qu’ont causés la crise et le libéralisme économique. La posture anti système est indiscutablement rentable électoralement. La paupérisation des classes moyennes doit enfin faire l’objet d’un débat et déboucher par un revirement idéologique au niveau économique.

Les dessous de la percée socialiste

Clinton a perdu à son propre jeu. Bien que disposant de fonds démesurés et en ayant la quasi-totalité des médias acquis à sa cause, Hillary a perdu. Ses liens avec les grandes banques d’affaires de Wall Street étaient établis et ont gravement remis en cause sa crédibilité quant à la défense de l’électorat populaire. Quel revers cuisant pour cette représentation de l’élite médiatico-financière qui n’a eu cesse de mépriser le vote populaire lors de cette campagne ! Sanders incarnait à merveille une alternative sociale à l’heure où les inégalités se creusent et que l’horizon proposé est de travailler plus pour gagner moins. Son parcours est extrêmement intéressant car il est le reflet d’une personne qui s’est battu toute sa vie durant pour ses convictions.

Le succès du candidat socialiste dans le pays de l’Oncle Sam est tout sauf un hasard. Le protectionnisme arrive à grand pas tandis que le libre-échange s’essouffle. Le FMI s’alertait en octobre de la tempête mondiale que laissait deviner le Brexit. On s’attend maintenant de plus en plus à un cataclysme politique.

L’horizon indépassable du XXIème siècle ne peut être le marché qui fait sa loi, l’empire de la dérèglementation et l’impunité fiscale qui sévit sur les grandes fortunes. Les citoyens ont refusé, refusent et refuseront cette économie du sacrifice. L’idéologie néo libérale a fait son heure, une alternative crédible à ce système doit maintenant émerger.

Gramsci écrivait « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ». A bon entendeur…