“Un sac de billes” de Duguay, une immense leçon de modestie

Être juif, ce n’est pas appartenir à une race. Être juif, c’est appartenir à une culture millénaire, à une culture qui transcende les siècles et les frontières. C’est enfin recevoir l’héritage qui berce depuis longtemps nos sciences et notre culture.

Malgré ces lumières, il y a l’obscurité. Alors, depuis la Shoah, être juif c’est aussi avoir subi les massacres du nazisme et de la haine de peuples contre un autre, éparpillé. 

Un film sur l’identité juive

Un sac de billes” (sorti le 17 janvier dernier) est un film qui porte sur cette identité juive et sur la nécessité de porter l’héritage culturel plus que religieux. 

Nous sommes dans les années 40, Joseph a 10 ans quand l’histoire commence. Il vit dans un Paris qu’il a toujours connu libre. Avec son frère, ils sont envoyés par leurs parents en zone libre. L’histoire raconte cette traversée de l’enfer. Les deux personnages joués par Dorian Le Clech et Batyste Fleurial vont alors devoir faire preuve d’ingéniosité, de ruse et de courage pour arriver à la destination finale. 

Une seconde adaptation pour mieux parler des enfants sous l’Occupation

Seconde adaptation cinématographique du best-seller de Joseph Joffo sorti en 1973, ce film touchant réunit un parterre de comédiens et d’acteurs de renom. Citons d’abord l’étincelante Elsa Zilberstein (Anna), un Patrick Bruel (Roman) sublime auxquels on peut ajouter les participations de Christian Clavier (Docteur Rosen) et de Kev Adams (Ferdinand). 

La fuite est le sujet principal du film. Elle est au cœur même du scénario dont on rappelera tout de même qu’il reprend une histoire vraie.

Il traite sans tabous les obstacles au départ de ces juifs qui ont tout fait pour éviter le nazisme. Il ne s’agit pas tant des agissements des enfants ni même du rôle de leurs poursuiveurs. Il s’agit plus de la manière dont ils sont considérés et de la manière dont ce monde ennemi peut le voir. 

On nous parle d’enfants, ils les voient comme des bêtes. On nous parle de juifs, ils les voient comme des monstres. On nous parle d’humains, ils les voient comme des esclaves. 

Un travail de mémoire dont nous sommes les garants

Cette œuvre entre dans la continuité du “travail de mémoire”. Elle pourrait être rapprochée de l’excellent “Voyage de Fanny” de Lola Doillon (2016). 

Il y a là matière à penser notre Histoire à travers ces témoignages, à réfléchir à la situation de ces enfants qui triomphent avec les plus grandes peines du monde dont celle, fatale, de la perte de repères. 

Déboussolés dans la France occupée soit-disant libre, déboussolés sans parents, leur course contre la montre des camps est une immense leçon de modestie qu’il faut courir voir au cinéma parce que ce film est plus qu’un film, il est une manière de nous parler de nous, de nous parler de ce monde où nous ne pouvons plus accepter aujourd’hui que des enfants puissent être les victimes de tueurs sanguinaires qui ne vivent que pour leur idéologie expansionniste. 

> La projection du film est d’ailleurs organisée par l’association Alliance Sorbonne. Plus d’informations ici