Venezuela : Débâcle économique et exode massif4 min read

Catégories Amérique latine, International

Images captées le 17 juillet 2016, lorsque la frontière entre le Venezuela et la Colombie a été temporairement ouverte.

Adiòs Caracas

Inflation, insécurité et pénuries conduisent de plus en plus de Vénézuéliens à quitter leur pays. Le département de la population des Nations Unies évalue à 606 344 le nombre de personnes ayant quitté le sol vénézuélien au cours de la seule année 2015 alors que d’autres spécialistes comptent le nombre d’expatriés Vénézuéliens en millions. Quoi qu’il en soit, on assiste à un exode historique, véritable retournement de l’Histoire pour ce pays qui a longtemps été une terre d’accueil.

Des crises internes à l’origine des départs

Le Venezuela est assis sur la plus grosse réserve mondiale de pétrole. Mais aujourd’hui, vivre au Venezuela, c’est faire la queue toute la journée pour espérer obtenir du pain, des couches ou du lait pour nourrissons. Le pays dépend presque exclusivement de la rente pétrolière et la chute brutale du cours du baril d’or noir a conduit le pays dans une véritable situation de chaos économique.

Les recettes de l’État se sont amoindries, la devise nationale s’est effondrée et les prix des biens importés se sont renchéris avec comme conséquence hyperinflation et pénuries. L’insécurité a longtemps été la principale cause de départ mais celle-ci a été remplacée par les difficultés économiques qui expliquent désormais une grande partie de cette nouvelle et massive émigration.

L’inflation (475,8% selon les estimations du FMI) continue d’augmenter et les produits importés atteignent des prix exorbitants A titre d’exemple, le demi-kilo de lait en poudre atteint 15 000 bolivars alors même que le salaire minimum se situe à 40 638 bolivars ! Certains Vénézuéliens se mettent donc à vendre quelques uns de leurs biens superflus (appareil photo, caméra…) « pour manger », quand d’autres sont enrôlés dans la pègre des bidonvilles.

La colère gronde dans la société vénézuélienne à mesure que l’insécurité grandit et que le chaos économique se poursuit. Le pays traverse une crise aux multiples facettes que le gouvernement tente de minimiser au yeux de la communauté internationale, tout en réprimant les velléités de contestation. Pour beaucoup, il n’est donc plus question de rester.

Le visage d’un nouvel exode

Le sociologue Iván de la Vega évalue à près de 1,6 millions le nombre de Vénézuéliens ayant quitté leur pays en 2016 et cette migration semble s’accélérer de plus en plus. La démographe et directrice de l’Institut de recherches économiques de l’université catholique Andrès-Bello, Anitza Freitez, déclare que « la migration vénézuélienne ressemble à une migration forcée comme il en existe dans certains pays où, à cause d’un désastre naturel, la population se sent menacée ».

Les Vénézuéliens partent pour l’ailleurs et cet ailleurs est pour la majorité d’entre eux la Colombie, l’Uruguay ou les Etats-Unis où de plus en plus d’organisations se spécialisent dans le conseil et l’accueil des futurs émigrés. À Miami par exemple, l’association Venezuela Awareness est dépassée par les événements, tant le nombre de nouveaux arrivants augmente et surpasse de loin les prévisions. Le programme tente d’aider les Vénézuéliens en offrant du mobilier, des matelas, de l’électroménager aux nouveaux arrivants qui, de plus en plus arrivent aux États-Unis sans les moyens suffisants pour s’équiper ou même se trouver un appartement.

C’est le nouveau visage de la migration Vénézuélienne, celui d’une migration plus démunie, plus jeune, plus désespérée. La migration des Vénézuéliens se fait de moins en moins par avion, les billets étant en dollar ce qui en rend leurs prix exorbitant. C’est de plus en plus par la terre que les migrants quittent le pays pour les pays voisins. Mais tous ces pays voisins sont concernés par cet afflux migratoire de populations pauvres. Les Vénézuéliens traversent la mer des Caraïbes à bord de barques en bois surchargées et aux moteurs fatigués pour essayer d’atteindre les rives de l’Île de Curaçao, petit État autonome des Pays-bas.

Finalement, en plus de la débâcle économique que vit le pays, vient donc s’ajouter la menace d’une débâcle humaine.